Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

Bêtes blondes
France | 2019| 1h41
Réalisation : Maxime Matray, Alexia Walther
Avec : Thomas Scimeca, Basile Meilleurat, Agathe Bonitzer
Film en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Fabien a toujours l’air égaré, et même un peu perché, quand il se réveille. Ephémère vedette d’une sitcom des années 90, il perd régulièrement la boule et la mémoire depuis la disparition de Corinne, sa partenaire à l’écran qu’il aimait tant. Plus rien de l’étonne, pas même sa rencontre avec Yoni, un jeune garçon plein de larmes, qui trimballe dans un sac la tête de son amant, beau comme un rêve, troublant comme un souvenir, comme un reproche… Pour Fabien, il est l’heure de remonter le temps.

«Bêtes blondes» : mémoire, mon beau miroir
par Marcos Uzal




Autour du deuil et de l’amnésie, un premier film qui conjugue poésie et humour absurde.

Par son goût du non-sens et son onirisme, Bêtes blondes s’inscrit dans une veine d’humour absurde de plus en plus florissante dans le cinéma français. La brèche de ce renouveau fut ouverte par Quentin Dupieux, héritier de Bertrand Blier, lui-même descendant des derniers films de Buñuel. On pourrait aussi citer les films d’Antonin Peretjatko, Benoît Forgeard ou Apnée (2016) de Jean-Christophe Meurisse, avec l’excellente troupe théâtrale des Chiens de Navarre, dont Thomas Scimeca, l’acteur principal de ce premier long métrage de Maxime Matray et Alexia Walther est justement l’un des membres.


Déficiences.
Pour qu’un récit absurde fonctionne vraiment, il ne lui suffit pas d’imposer un ton (ce dont se contentait paresseusement Apnée), il doit aussi inventer sa propre logique, rendre cohérente son incohérence. Bêtes blondes y parvient d’une manière plus fine et complexe qu’il n’y paraît, puisqu’ici tout doit sembler gratuit alors que rien ne l’est au fond. L’enchaînement naturel des événements insensés et des rencontres improbables s’appuie essentiellement sur les déficiences physiques de Fabien, le personnage central, ancienne vedette de sitcom pour adolescents des années 90, ayant perdu le goût et l’odorat et dont une partie de la mémoire s’efface à chaque fois qu’il dort. Son rapport malade au temps, aux odeurs, à la nourriture, influera de bien des manières dans ce film plein de sécrétions, où l’on mange à peu près de tout. Ses manques et nécessités physiologiques éveillant aussi une animalité qui se déclinera dans tous les comportements humains et à travers un bestiaire réel autant qu’imaginaire.

Alchimiste. L’action de Bêtes blondes se déroule en un jour et une nuit durant lesquels Fabien va souvent s’endormir et donc oublier. Il croisera une étrange alchimiste (Agathe Bonitzer) et un jeune homme en deuil, Yoni (Basile Meilleurat), né, selon les auteurs, d’une phrase d’Henri Michaux : «Tel partit pour un baiser qui rapporta une tête.» Car sous ses allures parfois potaches, ce film aime jouer avec les mots, défaire les phrases toutes faites, dévoyer les expressions courantes - tenir le crachoir, «tu pourrais être mon fils» -, en les prenant parfois rigoureusement au pied de la lettre : perdre la tête par amour, transformer la merde en or…

Malgré toutes leurs différences, Fabien et Yoni se découvrent de nombreux points communs. Leurs histoires se reflètent l’une dans l’autre, jusqu’à se superposer et peut-être n’en former qu’une seule. Face à un deuil comparable, l’un incarnerait la mélancolie du souvenir et l’autre la joie de l’amnésie. C’est une hypothèse parmi d’autres auxquelles nous autorise le film dans sa dernière partie nocturne, plus grave et flottante, où la perception du temps se complexifie. Il répond alors d’une assez belle manière à la mission poétique de l’art absurde : bouleverser le quotidien avec la mécanique des rêves, jusqu’à ce qu’un chat ne soit plus un chat.

https://next.liberation.fr/cinema/2019/03/05/betes-blondes-memoire-mon-beau-miroir_1713199

Libération
Critique : Bêtes blondes
par Tina Poglajen




Ce film de Maxime Matray et Alexia Walther est un récit d'aventure excentrique et surréaliste sous lequel se cache un fond romantique

Le premier long-métrage du duo franco-suisse Maxime Matray-Alexia Walther, Bêtes blondes [+], est au programme de la Semaine internationale de la critique de la Mostra de Venise. Le début est aussi peu clair pour nous que pour le héros : Fabien (Thomas Scimeca) se réveille sans savoir comment il est arrivé là au milieu d'une forêt, entouré par des restes de nourriture mangés par les vers. Un ouvre-bouteilles lui est rendu au moment où il se réveille, et après avoir accepté l'invitation de la personne qui le lui avait emprunté à se joindre à leur barbecue, il vole leur saumon soigneusement mariné et s'enfuit dans les bois. Le saumon finira cependant dévoré par un chien. Cette ouverture tout à fait charmante marque le début d'un road movie excentrique. Tandis qu' il continue son voyage, Fabien rencontre Yoni (Basile Meilleurat), qui aurait causé indirectement la mort de son petit ami – c'est du moins ce que la famille du garçon affirme. En fait, ce jeune malheureux essayait de s'enfuir avec Yoni quand il s'est retrouvé décapité.

Bêtes blondes ne ressemble à aucun autre film et ne correspond à aucun genre, ou autre catégorisation. C'est un film coloré, rêveur, surréaliste et facétieusement drôle où un voyage, une amitié naissante au milieu de la douleur, du désir et quelques hallucinations mélancoliques se mélangent parfaitement, formant une histoire qui est vraiment un plaisir à suivre des premières scènes. Le rythme se ralentit nettement pendant la deuxième moitié du film, peut-être un peu trop, mais c'est aussi que Bêtes blondes ne se contente pas d'être un récit insolite sur deux personnes qui cultivent l'habitude surréaliste de porter avec eux les têtes des gens qu'ils aiment dans un sac. Sous cet extérieur extravagant, on parle ici de souffrance, de désintégration de l'identité après avoir perdu quelqu'un et de la tentative de trouver une échappatoire à cela dans la suppression de toute douleur et l'intoxication, mais aussi dans le monde des rêveries les yeux ouverts et des souvenirs du passé. Fabien est la star oubliée d'un petit sitcom qui n'a pas duré, prisonnier du souvenir d'un "moi" qui n'existe plus, d'un temps où il n'était pas en deuil de sa petite amie après sa mort tragique.

Un des aspects les plus plaisants de Bêtes blondes est son aspect : tourné dans le format rétro 4:3 et éclairé de manière à ressembler à un mash-up du cinéma expérimental des années 1970, avec ses tons pastels, et des productions Eurotica films, avec leurs luxuriantes plantes en plastique aux reflets fluorescents, le film opère autour de thèmes visuels stylisés avec de plus en plus d'imagination à mesure que les héros s'enfoncent dans un monde plus proche du rêve que de la réalité. C'est vrai pour le grand motif du film : la tête coupée. À travers l'histoire de l'art et la littérature, la décapitation a toujours représenté la vengeance, une vengeance si définitive qu'elle en est presque poétique, mais aussi une vengeance qui est parfois amenée par des désirs inassouvis, une pulsion érotique sublimée en violence. Dans Bêtes blondes, Matray et Walther partent de cette histoire et la subvertissent chemin faisant (une tête coupée est ici le souvenir d'un être aimé, le plus grand symbole de l'amour), mais on finit par voir que leur film est un romantique dans le placard.

https://cineuropa.org/fr/newsdetail/359744/

Cineuropa
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€