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Santiago, Italia
Italie | 2019| 1h20
Réalisation : Nanni Moretti
Avec :
Version originale (italien) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Après le coup d'État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l'ambassade d'Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d'asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.

Santiago, Italia - Mémoire de l’hospitalité
par Jo Fishley




Nanni Moretti exhume de l’histoire italienne et chilienne le souvenir méconnu de l’asile politique accordé, à l’ambassade d’Italie, à plusieurs centaines d’opposants au général Pinochet, persécutés après son coup d’État militaire en 1973. Un documentaire aussi sobre que saisissant.

On a beau connaître cette tragique histoire, on ne se remet jamais de cette terreur. Nanni Moretti commence Santiago, Italia, par le récit contextuel. Il prend son temps pour le rappel des faits connus : le renversement du président démocratiquement élu Salvator Allende, en septembre 1973, ses derniers mots à la radio, son suicide au moment du siège du palais de la Moneda, et le coup d’État réussi, dirigé par le général Pinochet. Sitôt après, l’état d’urgence, le couvre-feu, la répression violente, les arrestations en masse, le stade national et le stade Chili transformés en prison, les communistes, les socialistes, les partisans du Mouvement de la gauche révolutionnaire et les opposants au régime arrêtés, torturés, exécutés. Des morts et des disparus par milliers.

Dans ce moment terrifiant de l’histoire contemporaine du Chili, plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été sauvés de l’horreur. Leur terre d’asile, l’ambassade d’Italie, leur offrant l’hospitalité, malgré la surveillance et la pression de la police et des militaires au pouvoir. Des archives de cet épisode méconnu, Nanni Moretti extrait des clichés en noir et blanc, montrant les bâtiments et les jardins de l’ambassade peuplés de ces Chiliens miraculeusement sauvés, réfugiés, en attendant leur exil en Italie, et une autre vie, libre. Oui, en ce temps-là, l’Italie pouvait ouvrir ses bras aux migrants, offrir l’asile politique sans question aux victimes des régimes meurtriers et des dictatures. Ce n’est, hélas, plus son présent, dans l’Italie populiste de Matteo Salvini. Voilà la charge que l’on pourra retenir, en transparence, de cette mémoire de 1973, leçon pour le temps présent.

Davantage encore que ces images, ce sont les récits qui saisissent. Face caméra, les témoignages poignants, terribles, de ceux qui ont été là, en 1973, persécutés, partagés entre la peur qui les avait saisis en même temps que l’espoir que leur avait donné l’Italie, hospitalière, accueillante et bienveillante. Ils n’ont jamais oublié, comment le pourraient-ils ? Ils pleurent encore.

Nanni Moretti a retrouvé aussi un de leur bourreau. Un militaire chilien, emprisonné, condamné, mais qui jure de son innocence. Les tortionnaires reconnaissent rarement qu’ils ont les mains tachées de sang. Au cinéaste, qui entre dans le champ de la caméra, l’ancien putschiste demande avec aplomb s’il est impartial. Bien sûr que non, Nanni Moretti n’est pas impartial : c’est un fier militant de l’humanité, empathique et compassionnel.

http://www.bande-a-part.fr/cinema/critique/magazine-de-cinema-santiago-italia-nanni-moretti/

Bande à Part
Du Chili d’Allende à l’Italie d’aujourd’hui, les désenchantements de Nanni Moretti
par Céline Rouden




À travers un documentaire sur le Chili d’Allende et le rôle joué par l’Italie dans l’accueil des dissidents politiques après le coup d’État militaire, le réalisateur livre une réflexion désenchantée sur l’évolution politique de son pays.

Nanni Moretti n’en a jamais réellement fini avec la politique et avec son pays. Même quand il part réaliser un documentaire au Chili, pour évoquer l’expérience de socialisme démocratique conduite par Salvador Allende et tuée dans l’œuf par le coup d’État militaire du général Pinochet, c’est encore de l’Italie et de ce qu’elle est devenue que le réalisateur veut nous parler. « Je me suis rendu compte que, sans que je l’aie programmé, le film commence en parlant du Chili d’autrefois et finit en parlant involontairement mais pas par hasard, de l’Italie d’aujourd’hui », explique-t-il.

Un épisode méconnu
Le point de départ de son sujet est une histoire incroyable que lui a racontée l’ambassadeur d’Italie alors qu’il était venu donner une conférence à Santiago. Celle de deux jeunes diplomates italiens qui, en l’absence de directive de leur gouvernement, ont en 1973 pris l’initiative d’accueillir dans leur ambassade plusieurs centaines de dissidents politiques pourchassés et torturés par le régime militaire et d’organiser leur exfiltration vers l’Europe. L’épisode largement méconnu est raconté face caméra, avec beaucoup d’émotions par ceux qui l’ont vécu, mais il ne constitue qu’un tiers du film.

Car cette histoire a eu le pouvoir de ramener le réalisateur à une époque où « l’expérience chilienne » faisait rêver les jeunes militants de gauche du monde entier et son anéantissement suscitait un incroyable mouvement de solidarité en Europe. C’était celle de sa jeunesse et de ces années 1970 qui n’étaient pas que des « Années de Plomb », mais où existait encore l’espoir d’un monde meilleur. Le film, mêlant images d’archives et témoignages de Chiliens, s’ouvre avec le rappel de ce que fut cette expérience, un pays « amoureux d’Allende », comme le raconte le réalisateur Patricio Guzman, qui entrevoyait la possibilité de sortir du sous-développement et des injustices.

Le constat désenchanté d’une Italie qui n’existe plus
La dernière partie est consacrée, elle, à l’accueil des réfugiés chiliens en Italie, notamment dans cette « Émilie rouge » (l’Émilie-Romagne, NDLR) qui votait à 80 % communiste. Nanni Moretti n’hésite pas alors à faire le parallèle avec la politique actuelle de rejet des migrants de Matteo Salvini. « Je suis arrivé dans un pays très semblable à celui dont rêvait Allende à ce moment-là, raconte un exilé. Aujourd’hui elle ressemble de plus en plus au Chili dans ce qu’il avait de pire. » Dans ce constat nostalgique et désenchanté d’un pays qui à ses yeux n’existe plus, le réalisateur assume de ne pas être « impartial », comme il le dit à un ancien tortionnaire chilien qu’il est venu interroger dans sa geôle : « Je ne suis pas impartial sur le coup d’État et je ne peux pas l’être aujourd’hui devant ce qui se passe. »



https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Chili-dAllende-lItalie-daujourdhui-desenchantements-Nanni-Moretti-2019-02-26-1201005155?from_univers=lacroix

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