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American splendor
USA | 2003| 1h41
Réalisation : Shari Springer Berman, Robert Pulcini
Avec : Paul Giamatti, Hope Davis, Harvey Pekar, James Urbaniak, Joyce Brabner
Version originale (anglais) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Harvey Pekar, un documentaliste à la vie terne, entrevoit dans la bande dessinée une façon d'exprimer ses frustrations. Si son premier album, American Splendor, rencontre le succès, son existence lui paraît toujours aussi vide. Harvey rencontre alors Joyce Brabner, son âme soeur qui partage un même mal de vivre.

La critique du Monde
par Samuel Blumenfeld

L'épopée d'Harvey Pekar, homme sans qualité devenu héros de sa propre vie Une biographie filmée peu conventionnelle de l'anti-héros des années 1970, auteur d'une BD racontant son quotidien, signée Shari Springer Berman et Robert Pulcini. Trois enfants sonnent à la porte de la maison d'une vieille dame. Les deux premiers, revêtus du costume de leur super héros préféré, se présentent comme Batman, tandis que le troisième, habillé normalement, attaque bille en tête : "Je suis Harvey Pekar. " Il n'y a pourtant aucune raison d'être fier, et il y a même de quoi désespérer dans ce refus précoce de la mythomanie. Jeune homme sans qualité, Harvey Pekar devient un adulte encore plus anodin, employé dans un hôpital de vétérans de Cleveland, obsédé par la couleur des bonbons (deviner le parfum d'une sucrerie à partir de sa teinte est pour lui un casse-tête existentiel), collectionneur de 78-tours, auteur d'articles sur le jazz et la littérature, malheureux en amour. American Splendor est la biographie filmée d'un homme qui ne s'est jamais pris pour un autre et qui fut longtemps incapable de trouver une échappatoire. Figure marquante de l'Amérique dans les années 1970, Harvey Pekar est devenu l'anti-héros d'un pays traumatisé par le Vietnam. Artiste sans imagination, il a fait de sa vie une œuvre, sous la forme d'un long work-in-progress baptisé ironiquement American Splendor, bande dessinée dont il publie un numéro par an depuis 1976, et où il détaille sous forme de vignettes, illustrées par Robert Crumb et Franck Stack, son quotidien et ses névroses. Selon ses propres mots, "une vie ordinaire est une chose assez compliquée". D'où les notations détaillées dans le film de Shari Springer Berman et Robert Pulcini sur sa vie privée, ses déceptions amoureuses, ses rapports avec la célébrité, abordés ici comme l'interminable épopée d'un homme coupé du monde. American Splendor délaisse la forme conventionnelle de la biographie filmée pour la transformer en collage où s'entrechoquent des entretiens avec le vrai Harvey Pekar, des dessins d'Harry Crumb et une fiction où Paul Giamatti campe avec emphase, en symbiose avec son modèle, un Pekar extravagant. Au bout de quelques plans, il devient d'ailleurs impossible de distinguer l'écrivain du comédien qui l'incarne. Le film donne au spectateur la sensation déroutante mais excitante d'être largement insaisissable. Aussi rigoureuse soit-elle, la méthode employée par les deux réalisateurs pour cerner un homme par tous les outils mis à leur disposition - fiction, documentaire, témoignages, images d'archives, illustrations - semble vouée à l'échec. Pekar disparaît au fur et à mesure qu'il se multiplie et s'incarne dans les formes choisies par les deux metteurs en scène. La biographie devient alors une autre fiction où le "vrai" Harvey Pekar a disparu. LA FIN DE L'AUTISME Dans un moment délirant, l'écrivain s'empare de l'annuaire et découvre qu'il existe d'autres Harvey Pekar à Cleveland. Il cherche encore et en trouve encore d'autres, dont un, disparu récemment. "Qui est donc Harvey Pekar ?", se lamente-t-il. Un personnage de cinéma désormais. American Splendor nous apporte l'une des rares bonnes nouvelles d'un cinéma indépendant américain aujourd'hui en pleine décomposition. Il est produit par la chaîne américaine HBO, comme Elephant, de Gus Van Sant, présenté dimanche en compétition. Le film vaut non seulement par son sujet, en droite ligne du Crumb de Terry Zwigoff, mais par une mise en scène audacieuse qui délaisse progressivement le "vrai" Harvey Pekar. Au cœur d'American Splendor, il y a effectivement une véritable merveille qui serait le parcours d'un homme autiste qui s'incarne peu à peu. Après une vie de rencontres ratées, il trouve la femme de sa vie (Hope Davis, méconnaissable et formidable) et une fille adoptive. Il se transforme en mari et en père. De figure de proue de l'underground, il devient le héros de sa propre vie. Samuel Blumenfeld

lemonde.fr
La critique de Libération
par Alexis BERNIER

«American Splendor», ou la vie drôlement ordinaire d'un scénariste de BD underground. On oublie parfois que les Américains sont aussi des humains ordinaires. Les héros d'American Splendor, la «splendeur» américaine, ne sont pas beaux, ne sentent pas forcément bon et ne sont pas souvent de bonne humeur. Ils sont comme vous et moi. Ils ont même peur de mourir du cancer. Présenté à Cannes, dans le cadre de la sélection «Un certain regard», American Splendor est adapté d'un comics underground du même nom, dans lequel Harvey Pekar, vieux garçon cracra, documentaliste à l'hôpital central de la désespérante Cleveland (Ohio), rat de vide-grenier et collectionneur maniaque de vieux disques de blues et de jazz, raconte sa vie terne de citoyen quelconque. Documentaire, dessin animé et fiction s'entremêlent sans arrêt dans American Splendor. Le film adopte en effet un dispositif des plus élaborés pour un sujet en apparence banal. Boule de nerfs. On passe en souplesse d'un Harvey Pekar renfrogné, que joue Paul Giamatti (l'une des gueules les plus intrigantes du moment), à un Pekar de papier crayonné par l'un des nombreux des sinateurs qui l'on croqué, ou au Harvey Pekar réel bou gonnant dans un décor de plateau. Sa troisième femme, Joyce, son ami nerd Toby Radloff et sa fille adoptive, Danielle, l'entourent selon le même procédé. Mais là n'est pas la question. La mise en scène de Shari Springer Bergman et Robert Pulcini est suffisamment virtuose et pudique pour se faire immédiatement oublier. Celui que l'on retient, c'est Harvey «je râle donc je suis» Pekar. Une boule de nerfs en état de perpétuelle exaspération, qui sublime des frustrations communes dans de courts scénarios mis en bulles depuis 1976, d'abord par Robert Crumb, puis par bien d'autres porte-crayons de ce qu'on a appelé un jour la contre-culture : Harvey Pekar et la métaphysique de l'annuaire télé phonique - il y remarque un jour qu'un autre Harvey Pekar est apparu ; Harvey Pekar et le casse-tête de la queue à la caisse du supermarché - tout le monde sait que celle d'à côté est plus rapide ; Harvey Pekar et ses soucis d'éthique, ressassant ses démêlés avec l'animateur de télévision vedette David Letterman, qu'il engueule en direct à l'antenne, en refusant, lors d'un magnifique suicide virtuel, de jouer les faire-valoir en échange d'une miette de gloire médiatique... Tendresse et pudeur. Autant d'épisodes dont la drôlerie, la tendresse et la pudeur culminent lorsque Harvey, encouragé par sa femme, décide de scénariser ses «années cancer». Certains voudront y voir la revanche d'un tocard. On se surprend plutôt à se dire que cela fait beaucoup de bien de voir, de temps en temps, un film américain qui ne joue pas la ridicule comédie de la toute puissance. Un film humain.

liberation.fr
La critique de Télérama
par Marine Landrot

Un type tient la chronique de sa vie dérisoire... et devient célèbre. Une mise en abyme grinçante. Qui est Harvey Pekar ? Pour avoir une petite idée, imaginez que l''archiviste des dossiers médicaux de l''hôpital Beaujon se soit appelé Hervé Clampin, et que sa morne vie ait été croquée par Hergé, Franquin, Reiser, Uderzo et Tardi, dans une série de bandes dessinées satiriques titrée L''Elégance française... Ancien documentaliste à l''hôpital de Cleveland, aujourd''hui retraité, Harvey Pekar existe en vrai. Dessiné par les grands du comic strip américain, comme Robert Crumb, Gerry Shamray ou Sue Cavey, son quotidien de pauvre type, cradingue à l''intérieur comme à l''extérieur, a fait l''objet d''albums grinçants, publiés sous le titre d''American Splendor. L''idée a germé dans le propre esprit de Harvey Pekar. A force de croupir dans un sous-sol, au milieu d''armoires métalliques renfermant des informations secrètes et démoralisantes sur les malades de l''hôpital, il s''est mis à voir des casiers partout. Un soir de solitude, il a même commencé à en dessiner par dizaines, au crayon gras sur des feuilles blanches, et à y encastrer sa propre silhouette. Juste un rond et quatre bâtons, parce que le talent graphique n''a pas voulu habiter ses doigts moites et nerveux. Le texte, en revanche, glisse tout seul : secs, ironiques, implacables, les mots n''ont jamais manqué à Harvey Pekar, pour retranscrire la vacuité de son existence. Chanceux dans son malheur, l''employé hospitalier réussit à recycler ses petits échecs en scénarios pour BD, illustrés par d''autres plus doués que lui. Sa médiocrité leur sert de matière première, tout en restant son élément constitutionnel. C''est le hic de sa vie. Un hic moteur, vrombissant et polluant, qui le propulse dans des sphères encore plus vides que les rues de Cleveland. La célébrité lui est tombée dessus comme un crachin après la sécheresse : inutile et stupide. Asphyxié par son enfermement intérieur, Harvey Pekar a fui sa cellule psychique en se démultipliant dans une série de boîtes toutes plus irrespirables : cases de bandes dessinées, plateaux de télévision... et, aujourd''hui, écran de cinéma. Le premier mérite du film de Shari Springer Berman et Robert Pulcini est de montrer cette atroce vanité de l''art. Très maîtrisé formellement, American Splendor épouse le désordre identitaire de Harvey Pekar. Mélange nonchalant d''incrustations de dessins, de réelles archives d''émissions télévisées où Pekar fait le pitre, de reconstitutions désespérées d''épisodes de sa vie (avec Paul Giamatti, formidable acteur à la lippe molle et rageuse dans le rôle de Pekar), enfin d''apparitions ahurissantes de Pekar lui-même, le film pratique la démultiplication sans jamais offrir de porte de sortie au héros, incapable de changement. Objet d''inspiration vampirisé jusqu''à la nausée, Harvey Pekar ne bouge pas. Il regarde sa propre histoire comme une boîte de Vache qui rit, éternellement recommencée, absurde à en crever. C''est un raté d''un genre inédit. Tout en défiance suppliante, en effacement tapageur. En repli et aux aguets, il fait commerce de son malheur, sans espoir d''évolution ni de renaissance. Cette absence de calcul, ce refus de jouer le jeu de la gloire rend Pekar profondément attachant. Respectueux, admiratif même, de cette résistance suicidaire, le film ne se fait ja- mais à ses dépens. Même dans les séquences comiques. Et l''on rit souvent dans American Splendor. Un rire qui noue l''estomac et pousse à l''autodénigrement intérieur. Comme chez Woody Allen, avec qui Harvey Pekar a tant de points communs. Quelque chose dans le port du tee-shirt, flasque et mité. Une attirance certaine pour les grandes bringues névropathes à larges lunettes (la femme de Harvey Pekar ressemble étrangement à Diane Keaton). La passion du jazz. La hantise de la maladie. Et, surtout, le même charmant credo existentiel : « La vie ordinaire, c''est complexe. » Marine Landrot

telerama.fr
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€