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Les Invasions barbares
Canada | 2003| 1h52
Réalisation : Denys Arcand
Avec : Rémy Girard, Stéphane Rousseau, Dorothée Berryman, Louise Portal, Dominique Michel
Version originale (canadien!) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Rémy, divorcé, la cinquantaine, est à l'hôpital. Son ex-femme Louise rappelle d'urgence leur fils Sébastien, installé à Londres. Ce dernier hésite – son père et lui n'ont plus rien à se dire depuis longtemps. Finalement, il accepte de revenir à Montréal pour aider sa mère et soutenir son père.
Dès son arrivée, Sébastien remue ciel et terre, joue de ses relations, bouscule le système de toutes les manières possibles pour adoucir les épreuves qui attendent Rémy. Il ramène aussi au chevet de Rémy la joyeuse bande qui a marqué son passé : parents, amis et anciennes maîtresses.
Que sont-ils devenus à l'heure des "invasions barbares" ? L'irrévérence, l'amitié et la truculence sont-elles toujours au rendez-vous ? L'humour, l'épicurisme, le désir peuplent-ils toujours leurs rêves ? A l'heure des invasions barbares, le déclin de l'empire américain continue...


La critique de Libération
par Ange-Dominique BOUZET

oici donc la suite du Déclin de l'empire américain, un film québécois de 1987 que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître mais qui fit grand bruit au siècle dernier. Foultitude de prix et millions de spectateurs. Le Déclin..., comédie jasée avec l'accent de la Belle Province, exaltait les frasques sexuelles et l'autodérision cynique d'une bande de quadras dans laquelle une bonne partie de la gauche se reconnut. Devenu sexagénaire, comme ses héros et ses comédiens, Arcand les réunit à nouveau. Cette fois, autour du lit de mort de Rémy (Rémy Girard), le plus vertement gaillard d'entre eux, atteint d'un cancer incurable. Ce résumé peut paraître moyennement égayant, mais Arcand, fidèle au registre déluré, accorde à ses héros une truculente santé (intellectuelle) qui n'abdique ni devant les ans ni devant l'échéance finale. Ceux qui ne connaissent pas le Déclin auront donc l'humour des deux films en un seul, et les autres s'y retrouveront. Tout est balisé, mais notons que les Invasions barbares livrent quelques surprises. La première concerne le paradoxe du prix d'interprétation féminine attribué à Cannes à la jolie Marie-Josée Croze. Non qu'elle ne soit très bien, mais son rôle n'est pas à la dimension de cette consécration. La deuxième, c'est la vision apocalyptique du système hospitalier canadien. La faute à «la nationalisation : je l'ai votée, j'en assumerai les conséquences», fulmine Rémy dans un film dont les protagonistes brocardent à qui mieux mieux «tous les "ismes"» qu'ils ont adorés : «existentialisme, marxisme, trotskisme, etc., sauf crétinisme». L'intervention providentielle de son trader de fils assurera cependant le confort ultime de ce prof impécunieux, aussi mauvais père que mauvais malade, s'assumant jusqu'au bout en Don Juan insatiable, mal pensant et mécréant impénitent. Ce stoïcisme quasi indolore est certes réconfortant. Comme le tableau tribal dans lequel il prétend s'inscrire. Le tout, assorti d'un goût de notre langue que le Français semble avoir perdu. Plein de clichés et de cuistrerie, de réflexions et de situations cocasses, mais surtout poussivement mis en scène. Alors ? Si on y trouve de quoi rire, il n'y a certainement pas de quoi en pleurer. Sauf indécente autocomplaisance.

liberation.fr
La critique de Télérama
par Cécile Mury

L'empire, de pire en pire Il y a dix-sept ans, ils devisaient de sexe, de mensonges et d'idéaux. Aujourd'hui, pour Rémy, Pierre, Diane et les autres, c'est l'heure du bilan. Pour Denys Arcand et ses acteurs aussi. Rencontre au Québec avec des enfants déçus de la Révolution tranquille. Le lac Memphrémagog se donne de faux airs de fleuve, étirant ses eaux mélancoliques au travers d'une frontière, du Québec aux Etats-Unis. C'est là que tout commence et que tout finit, dans l'un de ces grands chalets qui jalonnent les rives. 1986, premières images du Déclin de l'empire américain : un petit groupe d'universitaires plaisante, cuisine, en attendant le retour de leurs femmes. 2003, dernière séquence des Invasions barbares. La caméra s'attarde sur la berge, près de la même maison vide. L'un des amis vient de mourir... Dix-sept ans entre deux automnes, entre deux rives. Rémy, Dominique, Louise, Diane, Pierre, Claude : la « petite gang », comme on dit au Québec, une bande d'intellos, amateurs de bons mots et de grandes idées, commentateurs forcenés de leurs vagabondages sexuels. Ils ont vieilli. Sont à l'heure des bilans amers, des enfants adultes, des maladies graves... Très loin d'une « suite » au sens commercial du terme, Denys Arcand, 62 ans, définit plutôt ces retrouvailles tardives comme un prolongement. Une expérience à part. Enorme succès local et international, Le Déclin de l'empire américain avait marqué les années 80. Sa « gang » réapparaît, et la cocasserie s'enrichit d'une dimension tragique. « J'étais obsédé depuis longtemps par l'idée de la mort, raconte le cinéaste. Au départ, je voulais faire un film sur le suicide. Sept de mes amis se sont suicidés... Il paraît que c'est très rare de subir autant de deuils de ce genre dans une vie. Puis, je me suis réorienté vers la maladie, l'euthanasie. J'ai essayé pendant des années d'écrire là-dessus, mais ça ne donnait jamais que des histoires sinistres... Un vrai film d'Europe de l'Est ! » Denys Arcand éclate de rire, une brusque ponctuation au bout d'une phrase plutôt grave, pirouette qui évoque furieusement les blagueurs du Déclin... Ceux-là « avaient la légèreté nécessaire, l'équilibre entre la gravité et le sourire. Dès que j'ai décidé de retrouver ces personnages, le scénario s'est écrit très vite, j'avais l'impression de renouer avec des amis que je n'avais pas vus depuis des années. Je savais tout de suite où ils étaient, ce qui leur était arrivé. Lequel faire mourir ? Rémy, le plus épicurien... » Rémy, souvenez-vous, prof d'histoire joué par Rémy Girard, aimant le vin, les livres, le verbe, et par-dessus tout le sexe et les femmes, en collectionneur allègrement glouton. Le Déclin le laissait en suspens, alors que son épouse légitime, Louise (Dorothée Berryman) venait d'apprendre incidemment qu'il avait couché « avec tout le plateau Mont-royal » (un quartier chic de Montréal). Rémy Girard a imaginé la suite, qu'il raconte avec une verve toute québécoise : « J'ai dit à Denys : à mon avis, ils "se sont" divorcés le lendemain du Déclin, elle l'a mis dehors avec ses "sacs de vidange" ! » Le comédien est volubile et chaleureux, comme son personnage. Il est en train de tourner une série pour la télévision dans la banlieue montréalaise, et reçoit entre deux prises dans sa petite loge étroite : « Eh oui ! ici, ce n'est pas Hollywood ! » La boutade est trompeuse : au Québec, Rémy Girard, comme tous ses partenaires du Déclin et des Invasions, est extrêmement populaire. « J'ai eu de la chance, se souvient Denys Arcand, parce qu'aucun des comédiens n'était mort, aucun n'avait été abandonné par ce métier. Au contraire. » Tous ont dû refuser d'autres engagements pour participer à l'aventure. Dominique Michel, qui fut, des années durant, la blonde vedette comique des émissions québécoises de fin d'année, les mythiques Bye bye, raconte les retrouvailles : « On est arrivés sur le plateau, et c'est comme si on s'était quittés la veille. On s'est tous tombés dans les bras. » En 1986, Dominique Michel était déjà célèbre. Pour les autres, ce fut une révolution. « J'avais 35 ans, je vivotais dans un théâtre à Québec, se rappelle Rémy Girard. Le Déclin a lancé ma carrière. » Poker gagnant, y compris pour Denys Arcand : « A l'époque, je n'avais pas tourné de long métrage depuis douze ans, et je savais que si je me plantais, j'étais condamné à la télé jusqu'à la fin de mes jours ! Les acteurs étaient presque tous des inconnus. Il fallait qu'on fasse un bon film. C'était une question de vie et de mort. Alors que pour Les Invasions barbares, on s'en fichait, comme si on avait acquis, avec l'âge, une liberté totale. » Sur le tournage, de ping-pong verbal en « jokes » de vieilles connaissances, l'émotion s'est insinuée peu à peu. Les Invasions barbares racontent tout de même l'agonie d'un homme et le bilan doux-amer de sa vie. « 0n arrive tous à un âge où on a perdu des amis, des parents, explique Louise Portal, l'interprète de Diane. On est plus proches de ces émotions-là... » « C'était très troublant, renchérit Dominique Michel. On ne jouait pas, on se contentait d'être. Quand on a fini la scène où on fait nos adieux à Rémy, on était tous bouleversés. Même les techniciens s'essuyaient les yeux avec leurs gros gants... » Louise Portal, incapable d'évoquer cette scène, se contente, elle, d'un silence étranglé. Dominique Michel se moque d'elle-même : « J'ai un mal fou à revoir ce passage. Un soir, j'ai répandu des flots de larmes : à terre, le buste en avant, parce que je voulais pas tâcher mes vêtements. » Si Denys Arcand a remporté, au dernier festival de Cannes, le prix du scénario, c'est grâce à une écriture, qui, de bons mots en personnages ciselés, se fonde sur l'observation aiguë de son monde. Sa maison de Westmount, un quartier cossu des hauteurs de Montréal, croule sous les bouquins, art, philo, littérature : on se croirait, à l'étagère près, dans l'antre de son héros. « Mes films sont des autobiographies déguisées. Je suis partout, dans tous les personnages. » Un exemple : Pierre, adversaire acharné du mariage dans Le Déclin, désormais père tardif et béat de deux bambins. « C'est moi. J'ai adopté une fillette qui a maintenant 7 ans. Ce type détaché, cynique, qui se transforme en papa gâteau, c'est de moi que je me moque ! » Idem sur les relations difficiles entre Rémy, l'intellectuel, et son fils businessman, Sébastien. « Je voulais montrer un fils qui réussit dans un domaine que son père méprise. C'est ce que j'ai vécu. Mon père était officier de marine, et pour lui, le cinéma, c'était méprisable. Un passe-temps pour chômeurs. J'ai gagné son respect à la toute fin, l'année du Déclin, un mois avant sa mort. Un prof d'université, qu'est-ce qui va le plus l'horripiler ? Pas un fils raté, mais un type qui réussit sans états d'âme dans les affaires, qui ne lit jamais... » Des universitaires, Denys Arcand, qui a étudié l'histoire à la fac, en est entouré : ses amis, son frère, prof d'anthropologie, sa soeur, criminologue. A travers ces personnages, le metteur en scène évalue aussi l'héritage de la génération idéaliste née après guerre : « Ils se sont trompés sur tout ! La révolution chinoise, cubaine. Mais comment le leur reprocher ? s'enflamme le cinéaste. Au moins ils essayaient de croire. Ce n'est pas de leur faute si tout était faux. » Dix-sept ans plus tard, Denys Arcand reprend sa chronique de la dégradation du monde américanisé, confit dans son orgueil ethnocentriste et aveugle. L'empire s'effrite, les barbares sont aux portes. C'est-à-dire, pêle-mêle, les peuples du tiers-monde, les jeunes en rupture culturelle et morale avec leurs parents intellos libertins, le cancer, l'effacement des frontières, le terrorisme islamiste... Une accumulation d'interprétations qui fait dire à l'écrivain québécois Claude Jasmin, un brin goguenard : « Les retraités repus ont droit à leur album de famille : ils l'ont. Et la photo de groupe fait peur, non ? » Elle n'est pas si effrayante. Pour Denise Robert, la productrice et la compagne du cinéaste, Les Invasions barbares est « le film le moins cynique de Denys Arcand. Il est aussi porteur d'espoir, avec la réconciliation de Sébastien et de son père... Le monde en train de changer, pas forcément en pire. » Et Rémy Girard d'ajouter : « Les barbares, ce n'est pas forcément péjoratif. Au Québec, l'arrivée des immigrants a suscité une nécessaire adaptation. On ne pouvait pas les convaincre de n'apprendre que le français. Aujourd'hui, ce n'est plus un problème. Ils ont appris l'anglais ET le français, ils s'intéressent à notre culture et viennent l'enrichir. » Quand on parcourt Montréal, on goûte ce métissage, des enseignes chinoises de la rue Saint-Laurent aux supermarchés italiens ou orientaux. Même si les personnages de Denys Arcand représentent des « types » occidentaux qui dépassent les frontières, ils restent donc ancrés dans une réalité locale. En France, ce seraient des « post-soixante-huitards ». Au Québec, ils sont enfants de la Révolution tranquille, ce mouvement qui a profondément changé la société au cours des années 60, avec ses rêves d'indépendance et cette fameuse libération des moeurs, si abondamment commentée et questionnée par le cinéaste. Dominique Michel se souvient, laconique : « On était "wild" ! » Pendant cette période, surtout, les Québécois se libèrent de la domination d'une église catholique omniprésente, entraînant l'ensemble de la société vers la laïcité. Dans une scène mémorable des Invasions barbares, un prêtre essaye de vendre des reliques religieuses, pour apprendre qu'elles ne valent pas tripette. « Au milieu des années 60, dit Denys Arcand, les églises se sont brusquement vidées. Un phénomène très étrange. » « C'est arrivé à une vitesse pharamineuse, se souvient Rémy Girard. En un an, c'était fini. Même chez mes parents -- et mon père est un ancien curé, c'est vous dire ! Tout s'est arrêté : non seulement la pratique de la religion, mais aussi la mainmise de l'église sur la société, l'éducation, les hôpitaux. En très peu de temps, c'est devenu le rôle de l'Etat, et bye bye les curés ! » Les hôpitaux publics, Denys Arcand en livre une vision rageuse, polémique. Un monde d'incurie, vision dantesque de patients entassés dans les couloirs, livrés aux affres de la promiscuité et de l'engorgement administratif. « J'ai perdu mes parents et mon grand-père à la suite de longues maladies. J'ai donc une expérience assez douloureuse des hôpitaux québécois. Le système de santé a été nationalisé, et géré en dépit du bon sens. Ça ressemble à la situation dans les anciens pays communistes. Comment combiner responsabilité sociale et efficacité ? On est dans un tel vide idéologique que personne n'a de réponse », remarque le cinéaste. Si le parti québécois sortant s'en est, paraît-il, un peu offusqué, la critique sociale et le parcours de Rémy et de ses amis ont profondément touché le public local, plutôt flatté, en outre, de la sélection cannoise de leur compatriote. « Les gens d'ici ont suivi les péripéties de notre séjour cannois tous les soirs à la télé, comme un feuilleton. Ils étaient fiers. Vous savez, les Québécois, pendant longtemps, sans doute pour des raisons morales liées à l'emprise de l'église catholique, avaient un certain mépris pour le succès. C'est en train de changer. » Les Invasions barbares vont faire le tour du monde, notamment de « l'empire américain », où la société Miramax leur assurera une large distribution, nominations aux Oscars à l'horizon. Ensuite, Denys Arcand a bien une idée de scénario, mais la trouve « trop fragile » pour en parler. Il pourrait reprendre certains protagonistes des Invasions barbares. Lesquels ? Mystère. Rémy Girard espère vaguement : « Je vais peut-être revenir en rêve ? »

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