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Good bye Lenin !
Allemagne | 2003| 1h58
Réalisation : Wolfgang Becker
Avec : Daniel Brühl
Version originale (VO) sous-titrée en français
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    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Alex, un jeune Berlinois de l'Est, apprend la chute du mur alors que sa mère est dans le coma à la suite d'un infarctus. Celle-ci a toujours été quelqu'un d'actif, participant avec enthousiasme à l'animation d'une chorale.
Les mois passent et le coma continue. La ville se transforme, les voitures occidentales sillonnent les rues, les publicités envahissent les murs. Au bout de huit mois, elle ouvre les yeux dans une ville qu'elle ne peut plus reconnaître. Alex veut absolument lui éviter un choc brutal que son coeur affaibli ne pourrait supporter.
Profitant de son alitement, avec l'aide de sa famille et de ses amis, il reconstruit autour d'elle son univers familier, convoque les jeunes chanteurs de la chorale, sollicite l'aide d'un ancien cosmonaute, reconverti en chauffeur de taxi, et s'efforce de faire revivre la RDA dans les 79 m² de l'appartement, remis aux normes socialistes


L'avis d'une spectatrice ...
par

marinetteinnsbruck : Vraiment génial! Ce film traite de la fin du communisme, l´histoire est très bien trouvée. Le film est super drôle, à voir absolument si vous passez par l´Allemagne. La musique est magnifique car composée par le plus talentueux des brestois, Yann Thiersen, à qui l'on devait déjà la bo d'Amélie Poulain!

allocine.fr
L' "Ostalgie" selon Telerama
par Aurélien Ferenczi

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir été communiste Wolfgang Becker ne s'attendait pas à pareil succès : six millions de spectateurs ont vu sa comédie sur le quotidien des Allemands de l'Est. Si bien peu de ceux-ci regrettent la dictature, ils assument enfin un passé qu'ils prenaient soin de cacher. Reportage. La petite boutique de la Schreinerstrasse, à l'est de Berlin, n'est pas un piège à touristes de plus, rempli d'« authentiques fragments du Mur ». Non, les produits qu'on y trouve, entassés sur des étagères surchargées, sont avant tout destinés aux Berlinois nostalgiques de leur passé socialiste : des tee-shirts arborant fièrement l'emblème de la défunte RDA -­ le marteau et le compas -­ ou le sigle des FDJ, les jeunesses communistes d'alors ; des CD de chanteurs est-allemands dont la carrière a pris fin après la réunification ; des cassettes vidéo compilant les actualités de la télévision d'Etat. Et même un jeu de loto, rigoureusement indéchiffrable pour les non-initiés, qui reproduit en quatre-vingt-seize fragments le quotidien disparu de l'Allemagne de l'Est : paquet de crackers locaux, photo de Heinz Florian Oertel, le commentateur de foot le plus prestigieux à l'est du Mur, affiche vantant l'amitié germano-soviétique, etc. (1) Micha, l'employé du magasin, un géant barbu d'une trentaine d'années, exhibe un à un ses trésors, insistant dans un anglais approximatif sur le caractère bon enfant de ce « business » du souvenir : en témoignent quelques posters qui parodient allégrement les slogans communistes de l'époque. L'« ostalgie » ­ néologisme inventé pour dire la nostalgie de l'Est ­, bien sûr qu'il y croit. Comme six millions d'allemands « réunifiés », il a couru voir Good Bye Lenin !, de Wolfgang Becker. Il a trouvé « drôle et émouvante » l'histoire de cet adolescent qui, dans les mois qui suivent la chute du Mur, tente de faire croire à sa mère, sortie d'un long coma, que rien n'a changé, que la vie « socialiste » continue, avec sa routine rassurante parce qu'immuable. « Mais l'ostalgie n'a pas commencé avec Good Bye Lenin !, corrige Micha. Il y a quatre ans, le film Sonnenallee, sur les quatre cents coups d'une bande d'adolescents à Berlin-Est, avait déjà eu beaucoup de succès. C'était presque mon histoire ! » Adapté d'un roman de Thomas Brussig -­ l'un des jeunes romanciers prometteurs issus de l'Est ­-, Sonnenallee avait fait l'essentiel de ses entrées en ex-RDA. Good Bye Lenin ! a ratissé plus large, cartonnant dans tout le pays. Sorti en février dernier, dans la foulée du festival de Berlin, lancé par un slogan qui faisait se poiler les Allemands -­ « Une RDA de 79 mètres carrés ! » ­-, le film a progressé grâce au bouche à oreille, et fini par occuper six cents écrans ­- le circuit d'un « blockbuster » comme Terminator 3. « La répartition des entrées a été très uniforme, explique Marc Klocker, de la société de distribution X Verleih. Mais c'est vrai qu'à l'Est le succès a eu plus de sens et d'intensité. Les patrons de salles ont ressorti drapeaux et affiches pour décorer leurs salles aux couleurs de la RDA, les spectateurs ont mis leurs vêtements de l'époque. Good Bye Lenin ! a suscité chez eux un sentiment de fierté inattendu. Pour la première fois, les anciens citoyens d'Allemagne de l'Est revoyaient ce qu'avait été leur vie quotidienne. De façon fidèle, sans moquerie ni flatterie exagérée... » Curieusement, ce ne sont pas des Ossis -­ comme on appelait les Allemands de l'Est au début des années 90, de façon évidemment péjorative ­- qui ont imaginé Good Bye Lenin !, mais deux Wessis. Le scénariste, Bernd Lichtenberg, se souvient d'en avoir eu l'idée en 1992. « C'était un peu prématuré. Il fallait laisser passer du temps pour que les événements soient dédramatisés... » Habitant Cologne, il avait fait de brefs séjours à Berlin, avant et après la chute du Mur. A chaque visite, la ville avait changé, et avec elle les habitudes de millions de personnes. « Il fallait imaginer le désarroi à l'Est : même si personne ne croyait plus vraiment à l'utopie socialiste, voir en si peu de temps tous ses repères jetés aux poubelles de l'Histoire, c'était forcément se sentir dépossédé de sa propre existence. » Difficile d'imaginer ce brusque sentiment d'être étranger à son propre pays. Ne plus reconnaître les produits dans les magasins, devoir même changer d'adresse... « Dans une première version du scénario, les personnages habitaient Lenin Platz, une place qui s'appelle aujourd'hui place des Nations-Unies. Ils assistaient au démontage de la statue de Lénine... » Malgré tout, Bernd Lichtenberg tient à mettre au second plan le contenu politique. « C'est d'abord une histoire de famille. Et si le film a touché autant de gens, ce n'est pas par nostalgie d'un pays, mais parce qu'ils ont vu resurgir leur propre jeunesse, qu'ils soient originaires de l'Est ou de l'Ouest. » Le metteur en scène, Wolfgang Becker, solide quadragénaire, corrige un peu le tir. S'il souligne « l'universalité de cette tragi-comédie », il admet que le film a sans doute aidé les ex-Allemands de l'Est « à ne plus avoir honte de leur passé, à réaliser que celui-ci pouvait ne plus être caché ». Il se souvient de ces quelques mois, après la réunification, où les Ossis essayaient par tous les moyens ­ notamment vestimentaires ­ de cacher leur origine, de se conduire en parfaits bourgeois ouest-allemands. En vain la plupart du temps, car même des habitudes de langage les trahissaient. Il ajoute : « Avec Good Bye Lenin !, il ne s'agissait pas de dire que la vie en RDA était idyllique, poursuit le cinéaste, même si Berlin était avec Budapest la ville la plus agréable, la moins répressive du bloc de l'Est. Il fallait juste rétablir une vérité : vivre dans un pays où la vie publique est organisée par le Parti n'empêche pas d'avoir une vie privée, une existence où les mensonges familiaux, les émois amoureux, les espoirs et les déceptions sont les mêmes qu'à l'Ouest. Ce n'est pas parce que vous avez eu la malchance de naître au coeur d'une dictature que toute votre vie doit être balayée d'un revers de main. » A ses yeux, l'ostalgie est une invention de journalistes. « Et comme la télévision recycle la presse, voilà que deux chaînes, RTL et ZDF, viennent de lancer des "DDR shows" : des talk-shows où l'on ressuscite l'Allemagne de l'Est, ses artistes et ses produits. Si ça se trouve, ça durera trois semaines ! » Ce que Wolfgang Becker ­ bombardé « père de l'ostalgie » par la ZDF ­ minimise, c'est, ralentissement économique oblige, l'inquiétude latente du peuple allemand, ses interrogations identitaires. Une scène de Good Bye Lenin ! fait particulièrement mouche : pour expliquer certains changements à sa mère alitée, le jeune héros du film, Alex, prétend ­ de façon étrangement convaincante ­ que les habitants de RFA, lassés du consumérisme triomphant, ont décidé de rallier la RDA, où la vie est apparemment plus juste. Amusante séquence de politique-fiction, qui porte en elle le regret des utopies égalitaires et montre en souriant les limites d'un monde dominé par le libéralisme sauvage... Et si la réalité était plus ambiguë qu'il n'y paraît ? Dans les Länder du Nord-Est, qui jouxtent la Pologne, et où le taux de chômage bat des records, on voit d'un mauvais oeil le proche élargissement de l'Union européenne ­ « c'est vrai qu'il y a des tendances xénophobes, voire fascistes... », admet Becker. A l'autre extrémité du pays, beaucoup jugent la réunification responsable de l'essoufflement du « miracle » économique ouest-allemand. Pire, la communication passe toujours mal entre Ossis et Wessis, et alors que la faune « branchée » berlinoise s'était emparée de Mitte, puis de Prenzlauer Berg, deux zone historiques de l'Est, elle semble reprendre peu à peu ses quartiers à l'ouest de la ville... « L'ostalgie, un sentiment très confus », explique Jens Rötzsch, photographe à qui l'hebdomadaire Der Spiegel vient de passer commande sur le sujet. « La réunification a été menée en dépit du bon sens, avec une arrogance politique inouïe, sur des bases économiques totalement irréalistes », ajoute-t-il. Personne n'a oublié l'échec de la Treuhand, cet organisme d'Etat chargé de privatiser les entreprises est-allemande, et qui a laissé les « nouveaux Länder » sinistrés... Ancien citoyen de la RDA, Jens Rötzsch a prêté plusieurs clichés à la grande exposition « Kunst in der DDR » (l'art en RDA), qui se tient à la Neue Nationalgalerie de Berlin (2), le beau bâtiment de verre conçu par Mies van der Rohe. Exposition qui montre que même les commandes de l'Etat dirigé par Erich Honecker suivaient, parfois avec un peu de retard, les soubresauts esthétiques de l'art occidental. L'initiative rend le photographe optimiste : « L'exposition est très importante, car c'est la première fois qu'on accepte la RDA en tant que telle, qu'on donne une vision objective de l'art est-allemand, en montrant qu'il y avait de vrais artistes et des oeuvres de qualité. En ce sens, l'exposition et Good Bye Lenin ! participent du même mouvement d'acceptation des deux Allemagnes. Comme si un corps tolérait la présence d'une jambe malade, sans pour autant la détester. » Le temps de la réconciliation ? « Celui d'une certaine ouverture. L'an passé, pendant les grandes inondations qui ont touché l'Europe centrale et l'est du pays, j'ai senti un sentiment de solidarité, y compris de la part de l'Allemagne de l'Ouest, qui me rappelait la période de la chute du Mur. » Jens Rötzsch n'a pas perdu pour autant son sens critique. S'il a aimé Good Bye Lenin ! et sa reconstitution minutieuse de la vie en RDA, c'est qu'il y a aussi retrouvé un des sujets de son travail photographique. Manifestations de masse, uniformes et emblèmes réglés comme une « chorégraphie du socialisme », ce qui le passionnait c'étaient « les analogies visuelles ­- purement visuelles, insiste-t-il aussitôt ­- entre la RDA et le IIIe Reich. Les uniformes de la Bundeswehr -­ l'armée ouest-allemande -­ n'avaient aucun intérêt esthétique ; à l'Est, en revanche, on recyclait les uniformes du Reich. Un curieux voyage dans le temps... » Dans Good Bye Lenin !, le photographe voit aussi « la quête d'une identité nationale », partant de l'idée provocante que « la tradition allemande d'autorité, c'est à l'Est qu'on la trouve : hormis la période de la république de Weimar (3), il y a une continuité entre la monarchie, le nazisme et la dictature communiste... » Lui-même, ajoute-t-il, s'est « toujours senti plus allemand qu'aucun Allemand de l'Ouest ». Dans les journaux locaux, on s'étonne ces jours-ci d'un curieux projet : jouant sur l'ostalgie, des entrepreneurs prépareraient un parc à thème sur la vie en RDA. Et pourquoi pas, parmi les attractions, un interrogatoire de la Stasi ? Déjà, le syndicat d'initiative de Berlin organise des « ostalgia tours », avec possibilité de conduire une Trabant ­ la petite voiture produite à la chaîne en RDA. C'est vrai que le « parc à thème capitaliste », ses multiplexes, ses écrans Imax, ses hypermarchés de la mode internationale bon marché, vitrine de la mondialisation, on ne peut pas le louper à... Berlin-Ouest. Aurélien Ferenczi (envoyé spécial à Berlin)

telerama.fr
La critique de Telerama
par Jean-Claude Loiseau

Un fils cache à sa mère malade la chute du Mur et la fin de la RDA. Une fable futée. Tout se passa à une vitesse hallucinante. Dans la nuit du 9 au 1O octobre 1989, le Mur est tombé, et dans les semaines qui ont suivi des millions de personnes ont littéralement changé de planète. Good Bye Lenin... Mais la camarade Christiane Kerner, une militante émérite vivant à Berlin-Est, n'en a rien su. Depuis la veille, elle était dans le coma. Terrassée par un infarctus foudroyant en découvrant une manif pacifique contre le régime sauvagement réprimée par la police. L'Histoire joue d'emblée un rôle essentiel dans ce film. Mais rien n'y est plus décisif que l'amour d'un fils pour sa mère. Good Bye Lenin ! est d'abord une belle démonstration de l'art et la manière de mêler avec légèreté l'intime et l'universel, le destin d'un peuple déboussolé et celui, tout aussi problématique, d'une famille aux abois... Quand Christiane Kerner va rouvrir les yeux, huit mois plus tard, il ne reste plus rien de cette « patrie socialiste » dont elle demeurait, avec une désarmante sincérité, l'avocate idéaliste. A Berlin-Est, on a procédé à un frénétique nettoyage par le vide. Sur les façades des immeubles où flottaient les immenses bannières écarlates célébrant le 40e (et dernier) anniversaire de la RDA se déploient désormais des publicités géantes pour Coca Cola. En huit mois, on a bazardé, liquidé, mis au rebut tout ce qui renvoyait à « l'ancien monde », et en particulier le moche, le tarte, le ringard, cette empreinte supposée indélébile du régime défunt sur le quotidien de chacun. Changer de vie, c'était aussi, symboliquement, se débarrasser des papiers peints marronnasses et des chandails made in Bulgaria... Problème. Les médecins ayant averti Alex, le fils de Christiane, que le moindre choc émotionnel pouvait lui être fatal, comment lui cacher l'invraisemblable vérité ? A partir de cette donnée qu'on peut prendre, d'abord, pour un simple « truc » scénaristique, Good Bye Lenin ! va développer une cascade de péripéties, où la satire pointilliste d'un système totalitaire ossifié jusqu'au ridicule fait contrepoids aux désillusions nées du trop brutal basculement collectif des Ossis. Cette mère si fragile, il s'agit d'organiser sa survie par la plus aléatoire des méthodes : en inventant un énorme mensonge. En clair, Alex décide de faire revivre une RDA disparue, volatilisée, de réinventer entre les quatre murs d'une chambre un microcosme conforme à la vision de sa mère. On ne dévoilera pas à quelles improvisations funambules le fils recourt pour mener à bien son ingénieux travail de « reconstitution historique ». Reconstruire la société est-allemande à l'identique, c'est aussi simple et aussi compliqué, donc aussi drôle, que de partir en chasse d'une marque de cornichons est-allemande disparue des supermarchés de la nouvelle Allemagne... La comédie change d'échelle quand Alex décide de se servir de la télévision pour peaufiner l'illusion. Bricoler une actualité fictive dans de pseudo-journaux télévisés avec présentateur récitant les vérités truquées du catéchisme socialiste : cela devient du grand art. La télé, c'est l'arme absolue d'Alex, et le réalisateur de Good Bye Lenin ! s'en sert pour une savoureuse illustration du pouvoir de l'image quand il ne reste qu'elle pour faire croire à une réalité qui n'existe plus. Comment rendre plus vrai que vrai ce qui n'était qu'un leurre mis en scène par la machine de propagande du Parti ? Tout se passe comme si Alex réinventait, sans le chercher, cet ordre ancien où l'on manipulait l'information avec la complicité plus ou moins consentante des figurants (ici les voisins de palier) « jouant » à acclamer les bienfaits du régime. Au comble d'une inspiration débridée, il ira jusqu'à changer radicalement le sens de la chute du Mur en une parodie carrément absurde des contrevérités distillées par un régime en déroute. Surtout, entre deux gags, le réalisateur insuffle une émotion contenue, une forme de mélancolie, qui est cette « ostalgie » de certains Allemands de l'Est moins pour la vie d'avant, si triste et sans horizon, que pour tous ces repères disparus (une certaine marque de café ou le programme de télé favori des petits enfants de la RDA...) où s'accrochent les restes d'une identité perdue. Good Bye Lenin ! est une comédie intelligente, une fable futée, jamais manichéenne. Cela aurait suffi à assurer son succès. Si ce « petit » film, écrit par un scénariste débutant et réalisé par un metteur en scène de modeste réputation, a connu un triomphe sans égal en Allemagne, c'est sans doute parce qu'il reflète bien ce sentiment diffus que la « réunification » allemande, brutalement entrée dans les faits après la chute du Mur, reste toujours en jachère dans les esprits. Jean-Claude Loiseau

telerama.fr
Le film qui refiat le mur!
par Antoine de BAECQUE

Le film phénomène du printemps allemand déboule en France bardé de ses succès (6 millions de spectateurs outre-Rhin) et de sa réputation (une fable sur la nostalgie du communisme made in RDA). Il faut oublier les premiers et ne pas croire à la seconde : on peut voir alors Good Bye Lenin ! comme une petite comédie sur l'histoire non-résolue de la réunification allemande. Ce n'est ni une machine à fric, façon grosse production européenne, ni un manifeste de la nostalgie des républiques socialistes ; plutôt tout le contraire. Accusateur. Film fauché, Good Bye Lenin ! ne tient que sur ses acteurs. C'est une satire historique, dont aucun régime ne sort grandi. Ni celui de la RDA, dont les rites et la rhétorique semblent grotesques ou inutiles ; ni celui de la RFA, dont la cupidité et le cynisme sont pointés d'un doigt accusateur. Good Bye Lenin ! est un film qui joue juste et une fable qui rit jaune. Juste avant la chute du Mur, une cadre communiste (Katrin Sass, formidable, lire Libération du 4 juin), plantée par son mari passé à l'Ouest une douzaine d'années auparavant, s'évanouit dans la rue. Attaque cardiaque, coma, respiration artificielle. Quand elle se réveille, six mois plus tard, l'histoire a changé de camp. Mais les médecins sont formels : un choc trop rude pourrait lui être fatal. Ses enfants - un fils et une fille -, décident donc de recréer une mini-RDA, une utopie de régime, dans leur petit appartement, conservant ses teintes verdâtres et ses meubles en mauvais bois, pour que leur mère continue à manger ses cornichons, à écouter des chants socialistes, à dicter ses résolutions et ses slogans à la gloire de Karl Marx. Cette comédie n'est pas un blanc-seing : à aucun moment il n'est dit que la RDA, c'était mieux. Elle est plutôt l'occasion d'en rire, le prétexte à comédie : les jeunes Pionniers du communisme chantent en chemise blanche et foulard bleu, mais personne n'y croit. C'était très exactement le sentiment des Allemands de l'Est à la fin du régime communiste, une sorte de distance ironique, de fatalisme critique. Là réside la justesse de Good Bye Lenin !, film sarcastique quand il le faut, souvent émouvant, submergé par une nostalgie du temps qui passe, celle qui fait redéfiler l'enfance et l'adolescence avec la larme à l'oeil. Modeste et décalé. On peut reprocher ce sentimentalisme un peu fleur bleue au film de Wolfgang Becker, mais tout procès politique semble déplacé. Il va pourtant venir, faisant mousser sur le dos du public français ce film qui ne mérite ni chasse aux sorcières, ni recettes phénoménales. Good Bye Lenin ! mérite mieux : être vu pour ce qu'il est : un modeste essai sur un destin collectif, un regard décalé sur le sentiment d'être exclu de son siècle, un «film d'histoire» comme on ne sait plus en faire en France.

liberation.fr
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€