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    Dogville
    italien, danois, suédois, français, norvégien | 2003| 2h57
    Réalisation : Lars Von Trier
    Avec : Nicole Kidman, Paul Bettany, Patricia Clarkson, Jeremy Davies, Siobhan Fallon
    Version originale (anglais) sous-titrée en français
      Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
      cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
      rubrique 'INFORMATIONS'
    Dans les années trente, des coups de feu retentissent un soir dans Dogville, une petite ville des Rocheuses. Grace, une belle femme terrifiée, monte en courant un chemin de montagne où elle fait la rencontre de Tom, un jeune habitant de la bourgade. Elle lui explique qu'elle est traquée par des gangsters et que sa vie est en danger. Encouragée par Tom, la population locale consent à la cacher, en échange de quoi Grace accepte de travailler pour elle.
    Lorsqu'un avis de recherche est lancé contre la jeune femme, les habitants de Dogville s'estiment en droit d'exiger une compensation, vu le risque qu'ils courent à l'abriter. Mais la pauvre Grace garde en elle un secret fatal qui leur fera regretter leur geste...


    Le site officiel
    par



    http://www.allocine.fr/out.asp?redir=http%3A%2F%2Fwww%2Edogville%2Edk


    Anecdotes
    par

    Lars Von Trier vexé par les américains Des journalistes ont critiqué le fait que Lars von Trier fasse un film (Dancer in the dark) sur les Etats-Unis, sans y avoir jamais mis les pieds. Celui-ci rétorque aux journalistes :"Ils n'étaient jamais allé à Casablanca quand ils ont fait Casablanca". Enervé par ces critiques, le cinéaste danois à donc décidé de tourner d'autres films situés en Amérique. L'Amérique vue par un danois Dogville se situe en Amérique, mais une Amérique vue à travers mon regard. Je ne me suis pas restreint en me disant, "Il faudrait que je fasse telle ou telle recherche". Ce n'est ni un film scientifique, ni un film historique. C'est un film d'émotion. Bien sûr, on parle des Etats-Unis, mais aussi de n'importe quelle petite ville dans le monde. Un rôle écrit sur mesure Dans Dogville, l'actrice australienne Nicole Kidman interprète Grace. Lars von Trier dit avoir écrit le rôle de Grace pour elle ou, plutôt, à partir de l'image qu'il avait d'elle, l'actrice lui ayant fait comprendre qu'elle désirait travailler avec lui. Un casting de luxe Lars von Trier s'est entouré d'un casting de luxe pour interpréter les personnages de Dogville. Le réalisateur dit avoir toujours été impressionné par la performance d'acteur de Ben Gazzara, c'est un héros pour lui depuis Meurtre d'un bookmaker chinois (The Killing of a chinese bookie). C'est la directrice de casting qui a suggéré Lauren Bacall pour son talent, pas pour son nom précise le cinéaste. Enfin James Caan est aussi pour Lars Von Trier un trés bon acteur, que l'on associe trop souvent à des rôles de gangsters depuis Le Parrain (The Godfather). Inspiré par Bertolt Brecht Pour écrire Dogville, Lars von Trier dit avoir été inspiré par "Pirate Jenny", la chanson de L'opéra de Quat'sous", de Bertolt Brecht. Dixit le réalisateur danois : "C'est une chanson très forte, dont le thème de vengeancem'a beaucoup plus". Des personnages danois aux Etats-Unis "Quand on invente un personnage, on prend quelqu'un qu'on connaît et on le replace dans un autre contexte. Les gens de Dogville sont tous danois, ce sont des gens qui existent. Un lieu, un contexte Lars von Trier décide de situer Dogville dans les Rocheuses, en pleine crise économique américaine (1929). Le cinéaste s'est en effet inspiré des photos en noirs et blancs de l'époque prises par le gouvernemant américain. Traduction En faisant traduire son scénario du danois en anglais, Lars von Trier a demandé au traducteur de garder un peu du langage danois, pour ne pas rendre cela trop parfait.

    allocine.fr
    La critique du MONDE
    par Jean Michel FRODON

    La parabole cruelle d'un cinéaste en état de grâce Hyperstylisé et bouleversant, le huitième film du Danois Lars Von Trier, auteur de "Dancer in the Dark", est une œuvre sans précédent qui, à partir d'un décor réduit à des traits sur le sol et avec d'immenses acteurs, invente une ville perturbée par l'arrivée d'une fugitive. Placée très haut, la caméra cadre un immense parquet noir, sur lequel sont tracés des traits à la peinture. Ils dessinent le plan des maisons d'un village. Quelques accessoires - un cadre de porte ici, une chaise là, plus loin un lit, ailleurs une cloche - suggèrent les éléments d'ameublement. On songe à un jeu de Cluedo grandeur nature, à un jeu de société surdimensionné. Un jeu de société, Dogville ? Peut-être, mais alors au sens où il met en jeu la société même. Les cartons, qui annoncent un récit en un prologue et neuf chapitres, les noms des protagonistes, et la voix off, précieusement littéraire, complètent cette mise à distance de tout naturalisme. Du théâtre, alors ? Oh non ! Malgré le recours à tant de procédés inspirés des arts de la scène et de la plume, Dogville est du cinéma, un cinéma exigeant, ambitieux, inventif, et même, si cette expression a un sens, du cinéma absolu. Les traits sur le sol dessinent l'emplacement des maisons de Dogville, bourgade fictive isolée au bout d'une route en impasse dans les montagnes Rocheuses, où logent une quinzaine de figurines-habitants adultes et quelques enfants. Après la description méthodique de chacun des personnages, comme on définit les protagonistes d'un jeu de rôle, et la mise en place amusée de cette communauté pittoresque au temps de la Grande Dépression, surgit une figure surnuméraire, Grace. Elle aussi est un "type", la créature blonde, femme fatale droit sortie d'un polar de la Warner des années 1940. La partie peut commencer. Il semble qu'elle se joue d'abord sur un double terrain, celui du spectacle et celui de la parabole sociale et morale. Sur le premier de ces terrains, l'affaire est vite entendue : sans renier à aucun moment les règles figuratives singulières qu'il s'est données, par la simple puissance de sa mise en scène, Lars Von Trier déploie une énergie figurative qui semble sans limite. Il faut moins d'un quart d'heure pour oublier absolument tout ce que le dispositif de réalisation a d'artificiel, alors même que cela demeure d'une évidence totale. Lorsqu'un artiste montre une image, il montre de l'invisible avec du visible : c'est ce qu'accomplit avec une déconcertante et souriante simplicité la mise en scène. Dans Dogville, on verra (comme il importe de voir au cinéma : dans sa tête), les vergers et la mine désaffectée, les boutiques, l'église et les jardinets bien entretenus. Les quelques accessoires visibles n'ont pas la même fonction que dans d'autres grands films à la stylisation revendiquée (on pense à Perceval de Rohmer, à Smoking/No Smoking de Resnais, ou, différemment, à Thérèse et Libera me de Cavalier). Ils sont comme de minimalistes baguettes de sourcier, qui ne vibrent que du courant qui passe entre les comédiens et la mise en scène, et qui fait tout. C'est un prodige qui s'accomplit là, d'autant plus que dans ces corps contraints à l'extrême par le simplisme de leur caractérisation comme personnages du film se joue à la fois la capacité d'incarnation de chaque interprète (et tous sont, ici, exceptionnels), la manière dont ils renvoient à des figures romanesques connues, tout en étant pour beaucoup des vedettes de cinéma marquées par leurs origines géographiques et cinématographiques, aussi variées les unes que les autres. Pas de hasard dans cet assemblage, mais une énergie de bombe nucléaire. Encore faut-il savoir s'en servir. Là entre en jeu un autre mystère, le talent de filmer. Un exemple ? Prisonnière de la bourgade, Grace cherche à s'en évader, elle se cache à l'arrière du camion qui transporte les pommes à la ville, il faut bien une image (la seule du film) qui ne soit pas située à Dogville. Cette image de Nicole Kidman allongée, c'est un Vermeer. Si vous ne voyez pas le film, vous ne le verrez jamais - aucune photo ne peut remplacer ce qui advient à cet instant, c'est dans le temps seul de la projection que l'image est visible. A ce moment-là du film, la mécanique à l'œuvre sur le deuxième terrain, celui du thème, a semble-t-il pris consistance. De toute évidence, Dogville est une parabole sur ce qui construit la communauté des hommes, la manière dont le rapport au bien et au mal, au choix individuel et à l'appartenance au groupe, à la mise en relation des mots et des actes, dessine la nature humaine. L'irruption perturbatrice de Grace (elle est belle, elle est dangereuse et en danger, elle vient de la ville, elle est différente) sert de révélateur aux comportements de chacun et de tous. Lars Von Trier a constitué une intéressante collection de caractères pour peupler son film et sa ville : Paul, le jeune intellectuel sentencieux et activiste, un vieil original aveugle, une mère de famille bien-pensante, une servante noire et sa fille infirme, une stricte femme d'intérieur, le camionneur, la jeune fille romantique, la dévote, le cultivateur père de famille, etc. La manière dont la communauté se rétracte d'abord devant le corps étranger, puis l'adopte progressivement, l'utilise, le maltraite, en abuse jusqu'à l'horreur complète, trouvant dans cette dérive abjecte un ferment plus sûr à son unité que dans les bons sentiments, paraîtra le thème du film. Ajoutons qu'il n'y a évidemment nul hasard au prénom de l'héroïne, et que chez le cinéaste de Breaking the Wave, la question de la grâce n'a cessé d'être un enjeu. L'apocalypse vers laquelle le joueur de flûte de Copenhague mène son petit monde à la fin de son film ne déroge pas à cette approche. Mais ce serait faire une grave injustice au film que le réduire à cette parabole misanthropique. Lars Von Trier dit très clairement ce qu'il fait, il suffit de l'écouter. Ici, la phrase-clé est : "L'illustration, voilà l'ennemi." Et Dogville n'illustre rien, ni débat pascalien, ni prêche de fin du monde, ni manifeste sur les arts de la représentation. Comme toute œuvre d'art, Dogvillese joue aussi sur un troisième plan, qui se combine à celui de la construction plastique et à celui du sens, et qui est le regard du spectateur. Tout ce travail extrêmement complexe, le travail très libre et déstabilisant de la caméra (tenue par le réalisateur lui-même), le jeu sur les décors absents, ces vedettes internationales enfermées dans un hangar suédois durant des semaines, ces références au cinéma américain (gangsters et Raisins de la colère) ne prennent leur sens que comme grande machine à penser. L'affaire est délicate, déstabilisante, souvent cruelle. Un jeu, oui, mais qui interroge la manière dont chacun reconfigure sans cesse les composants apparemment ultra-simples auxquels recourt le film. Leur potentiel est infini, et cet infini tient tout entier dans le triple sens du nom de celle par qui le scandale est arrivé. Puisque c'est à la fois le nom d'une femme, le nom d'une force spirituelle surnaturelle, et celui de la beauté. Avait-on déjà vu cela au cinéma ? Non. Jean-Michel Frodon

    lemonde.fr
    La critique de TELERAMA
    par Louis Guichard

    Une nouvelle expérience excitante de Lars von Trier, avec Nicole Kidman en souffre-douleur ambigu. Spécialiste du concassage des genres et des styles, grand faiseur de coups, Lars von Trier revient toujours à la fois comme on l’attend, sous forme d’événement préparé, et autrement, avec une nouvelle idée, une expérience inédite. Cette fois, l’expérience consiste à se passer, ou presque, de décor, à figurer une petite ville par quelques marques au sol d’un plateau noir et nu, comme une marelle d’enfants dessinée à la craie. Une autre version, en quelque sorte, du Dogme des années 90, dirigé contre les artifices du cinéma. Quant à l’événement, charge à une actrice de le créer : après Björk dans Dancer in the dark, Nicole Kidman en personne est venue s’enfermer dans le hangar où se tint pendant six semaines le tournage de Dogville. L’histoire est directement inspirée d’une chanson de L’Opéra de quat’ sous, de Bertolt Brecht, Jenny des corsaires : une jeune femme se fait exploiter par toute une communauté, qui sous-estime son pouvoir de vengeance. Lars von Trier situe l’action dans les montagnes Rocheuses, pendant la Grande Dépression : la vie est dure, l’argent rare, le plaisir, on n’en parle même pas. Mais ça travaille, ça espère encore en des lendemains meilleurs, c’est l’Amérique. Le cinéaste explique qu’il a conçu Dogville par défi à ceux qui lui reprochaient d’avoir fait un film (Dancer in the dark) sur les Etats-Unis sans jamais y avoir mis les pieds. Von Trier et l’Amérique, c’est entre fascination et répulsion. Les habitants de Dogville manifesteront la même bassesse, la même vilenie que les Rapaces d’Erich von Stroheim, et pourtant l’esquisse de la ville – quelques éléments de mobilier rustique autour de la rue principale – ressuscite amoureusement une Amérique pionnière et primitive, à la manière de ces parcs-musées si répandus outre-Atlantique. L’arrivée nocturne de Grace (Nicole Kidman) a la beauté d’une apparition tant sa haute et fine silhouette, son élégance élaborée tranchent avec l’ambiance fruste des lieux. Grace est en fuite, poursuivie par des gangsters pour des raisons mystérieuses qu’elle refuse d’éclaircir. Très vite, elle se fait un allié de Tom, aspirant écrivain et idéaliste, qui la voit comme un cadeau et intercède en sa faveur auprès des autres. En échange d’un refuge, elle propose ses services à la communauté. C’est ainsi qu’elle devient, selon les heures et les maisons, femme de ménage, aide-soignante, nounou, dame de compagnie, jardinière et ouvrière agricole. Que tout cela se déroule sur quelques dizaines de mètres carrés sans plus de murs que dans un bureau paysager n’est évidemment pas anodin. La référence à L’Opéra de quat’ sous, les analogies avec les mises en scène de Brecht (notamment Mère Courage et ses enfants), le dépouillement du décor si répandu aujourd’hui sur les planches pourraient apparenter Dogville à une captation théâtrale. Mais le jeu résolument « cinéma » des acteurs, le filmage à l’épaule et le bruitage réaliste de chaque claquement de porte invisible opèrent dans le sens contraire. Tout se passe comme si Lars von Trier partait avant tout du cinéma et procédait par soustraction. Laborantin toujours en cheville avec l’air du temps, il arrive ironiquement à une forme pas si éloignée de la télé-réalité, invention américaine. Dogville est un peu un Loft 1929. A tout moment, tout le monde est visible. Aucune activité des nice people, pardon, des dog people, ne peut nous rester secrète. Sauf que Lars von Trier dévoie et dévoile le genre, ne censure pas, n’édulcore rien. Tout voir, c’est voir la mesquinerie, le sadisme, la bestialité exercés contre Grace, au fur et à mesure que cette dernière, recherchée activement par ses poursuivants, devient vulnérable et soumise. Si le plateau surélevé du décor ressemble parfois à une île, c’est à « l’île de la tentation » la plus abjecte. Comme la caméra tremble un peu, façon roulis, c’est aussi une sorte de radeau poétique traversant les jours, les nuits, les saisons. Un genre de Radeau de la Méduse, vu ce qui se passe à bord. Même si le parcours de Grace paraît longtemps voisin de celui des précédentes héroïnes du cinéaste, dans Breaking the waves, Les Idiots et Dancer in the dark, tout a changé. Loin du mélo, Dogville n’est pas un film sur le sacrifice, ni d’inspiration chrétienne. C’est plutôt une fable sur la noirceur des instincts et des appétits humains. Mais cette noirceur est tellement entière, sans mélange, elle conduit à de telles aberrations et catastrophes qu’elle en devient cocasse. Le commentaire off du narrateur omniscient, pour le moins ironique, œuvre à cela. Même la bonté de Grace relève du danger public. A sa manière perverse, Dogville est souvent drôle, presque une comédie. Presque. Car, en guise de générique de fin, défilent les photos authentiques des victimes de la Grande Dépression, et ce n’est plus drôle du tout. Un remords, une provocation ? En tout cas, un léger couac. Avec Lars von Trier, tout est équivoque, hybride, composite. Il en va ainsi de la distribution du film. En parachutant Nicole Kidman dans une troupe scandinave, le cinéaste aurait tenu là un sacré concept, et une « métasignification » de plus à son histoire : la star descendue des cieux hollywoodiens dans le jardin du cinéma d’auteur étranger, etc. Or c’est plus compliqué : Kidman croise ici aussi bien Lauren Bacall que James Caan et Ben Gazzara, Chloë Sevigny et Stellan Skarsgard (acteur fétiche du cinéaste), et même Harriet Andersson, qui fut la Monika de Bergman... Pour incarner l’énigme de Grace, la vedette ne peut donc pas compter sur le contraste de sa présence face aux autres. Elle fait bien mieux que cela : prosaïque et abstraite, tendre et statuaire, tout le temps captivante, retrouvant incidemment l’opacité de Deneuve chez Buñuel. Elle fait même oublier (n’était-ce pas le but ?) l’expérience formelle du film et permet à tout le monde, spectateur compris, de tenir la distance risquée des trois heures de turpitudes stylisées. Louis Guichard

    telerama.fr
    5 salles classées
    Art & Essai
    Europa Cinéma
    Label Recherche
    Label Découverte

    p.ortega@cinemaleclub.com


    Tarifs
    Tarif normal: 7,80 €
    Tarif réduit: 6,80 €
    Abonnements
    6 places : 36€
    12 places : 63€
    Tarif - 14ans : 4,50€