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Teret
Serbie | 2019| 1h38
Réalisation : Ognjen Glavonic
Avec : Leon Lucev, Tamara Krcunovic, Pavle Cemerikic
Version originale (VO) sous-titrée en français
    .....
  • samedi 23 mars 21:50....
  • lundi 25 mars 16:30....
  • mardi 26 mars 14:20
  • Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
1999, alors que la Serbie est bombardée par l’OTAN, Vlada travaille comme chauffeur de poids lourds. Dans son camion, il transporte un mystérieux chargement du Kosovo jusqu’à Belgrade et traverse un territoire marqué par la guerre. Lorsque sa tâche sera terminée, il devra rentrer chez lui et vivre avec les conséquences de ses actes.

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«Teret», maux comptent double
par Luc Chessel




Situé en pleine guerre du Kosovo, le road-movie du Serbe Ognjen Glavonic interroge le rapport de chacun au fardeau de la mémoire collective.

Teret, «la charge», aussi bien fardeau que chargement : la métaphore qui préside à son titre est bien le motif central du film d’Ognjen Glavonic, road-movie dans lequel un camionneur, Vlada, transporte à travers la Serbie en guerre une cargaison dont il ignore d’abord la nature, et qui s’avérera peser de tout son poids, aussi collectif qu’intime, historique que moral. L’histoire a lieu en 1999, dans son pays armé contre le Kosovo indépendantiste, dont Vlada sillonne les routes barrées en direction de Belgrade, alors bombardé par les avions de l’Otan.

Le film est avant tout ce trajet, suivi étape par étape, passé entre la cabine du routier et les quelques haltes qui le ponctuent. Une trajectoire alourdie de ce qu’elle charrie de désespoir et de mort, partout visibles, mais aussi d’histoire, avec ses strates : d’une part l’histoire yougoslave du XXe siècle, qui représente le passé de 1999, et d’autre part le présent de cette date, l’époque que retrace le film, qui est notre passé, celui du moment où il a été tourné. C’est ce passé-là, qui reste enfoui aujourd’hui, non reconnu, celui des massacres alors perpétrés par l’armée serbe, que Teret cherche à exhumer ou à entendre au présent, dont il cherche à faire résonner les vibrations recouvertes. Entendre quelque chose, on verra que ça passe par le son (par un son) plus que par la voix ou la parole, bloquées à ce jour comme au moment des faits.

Rencontres

Mais revenons au trajet du camionneur Vlada, aux strates de paysage et d’histoire qu’il parcourt, qui sont affaire de transmission : celle d’une guerre passée et glorieuse, le front des partisans yougoslaves dans la Seconde Guerre mondiale, qui élève partout ses monuments (en bord de route comme dans l’histoire familiale de Vlada, par la mémoire de son père) ; et celle d’une guerre actuelle, aussitôt frappée de silence, qui détruit ses documents en même temps qu’elle enfouit ses cadavres rendus anonymes et dont les monuments n’ont toujours pas été construits. Une bonne guerre («La vraie guerre, pas cette espèce de jeu vidéo», dit Vlada à son fils, parlant de celle menée par son père à lui, ce sera sa seule parole sur ce qui lui arrive au présent) et une sale guerre, de mémoires inégales, dont le film met en perspective les signes respectifs, la présence des uns et l’absence des autres, à travers le trajet métaphorique de Vlada. Alors, comment faire le film de «cette espèce de jeu vidéo», qui puisse le restituer au réel du cinéma, qui soit à la hauteur du poids de cette charge ? Ognjen Glavonic, au cours de la préparation de son film, a aussi fait un documentaire, Depth Two (2016), sur les charniers oubliés de la guerre du Kosovo.

Mais la fiction Teret choisit de rendre palpable non la seule mémoire des lieux chargés, mais le pesant suspense du présent de 1999 côté serbe, par un ensemble de procédés que Glavonic résume ainsi dans un entretien : au cours du trajet en camion, «la pression imposée au spectateur est celle que notre protagoniste génère et supporte». Aussi discutable que soit ce genre d’approche, quand sa généralité en reste là – lorsque la charge est tout bonnement remise sur les épaules du spectateur par la mise en scène, chargement, fardeau et suspense compris –, Teret semble aussi vouloir dire et faire par là autre chose. Le trajet de Vlada est ponctué de rencontres avec des inconnus qui le restent, tous plus jeunes que lui, constituant des ébauches de portraits par silhouette, pris sur le vif de courtes scènes de leurs vies, auprès duquel le film s’attarde ou se retarde un instant alors que Vlada continue déjà sa route : le petit voleur de cigarettes et son commanditaire, les jeunes invités d’un mariage sinistre où Vlada fait une pause, une jeune prostituée qui chantonne en quittant les soldats à l’aube, ou d’autres qu’on connaîtra un peu mieux, comme le rockeur pris en stop ou le fils adolescent de Vlada.

Etrangeté

Dans ces instants de portrait, le photographique (qui nous met en présence, aussitôt familière, de purs inconnus) prend le pas sur le narratif (qui, à l’inverse, nous fait naturellement fréquenter un protagoniste pour nous révéler progressivement son étrangeté). La «charge» est distribuée à tous les passants, toutes les figures humaines croisées : elle échappe ainsi au pur trajet moral de Vlada, où le poids collectif et le poids intérieur, psychologique, sont confondus et reportés sur le spectateur qui doit s’en débrouiller – ce qui pose la question importante, politique, de la différence de réception du film entre un spectateur serbe et non serbe, et la façon dont le film ne peut que s’adresser toujours aux deux en même temps. Quant au son que le film fait écouter, pour mieux nous faire écouter la difficulté de bien entendre ce qui se passe, comme plus tard d’entendre ce qui s’est passé, il s’agit de ce petit bruit de choc lancinant qui hante tout le trajet en camion et dont l’explication matérielle, à la fin de Teret, est le cœur du film, ouvrant sur un abîme qui n’a plus rien d’un jeu vidéo.

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Libération
« Teret », la route de la culpabilité
par Céline Rouden




À travers l’histoire d’un chauffeur routier en plein conflit au Kosovo qui transporte un mystérieux chargement jusqu’à Belgrade, le réalisateur serbe interroge la conscience collective de son pays face à l’indicible.

Impossible de ne pas penser au Salaire de la peur de Georges Clouzot à la vision de ce premier film du réalisateur serbe Ognjen Glavonic qui suit un chauffeur routier, Vlada, transportant un mystérieux chargement sur les routes de son pays. Sauf que nous sommes en 1999 dans une ex-Yougoslavie en guerre et que son camion transporte du Kosovo à Belgrade tout autre chose que des armes. Ancien ouvrier au chômage contraint de subvenir aux besoins de sa famille, Vlada, ne préfère pas poser de questions sur la nature de cette cargaison et s’arrange provisoirement avec sa conscience.

Le réalisateur nous embarque dans sa cabine tout au long de ce voyage d’une journée à travers un pays dévasté et sans avenir. Dérogeant à la consigne stricte qui lui a été donnée de ne pas s’arrêter, il prend en chemin un jeune auto-stoppeur qui ne rêve que de partir en Allemagne, s’arrête dans un restaurant où se déroule une improbable noce et se promène dans les vestiges d’un monument à la gloire de la lutte des partisans contre le nazisme. Ce voyage, c’est aussi le cheminement de sa conscience vers une vérité qu’il se refuse à regarder en face. Celle de l’indicible qui n’est d’ailleurs jamais nommé – les massacres commis par l’armée nationaliste serbe – sur laquelle repose toute la tension dramatique.

Un passé jamais évoqué

Si la métaphore est parfois maladroite, l’intérêt du film est néanmoins de porter pour la première fois un point de vue serbe sur le conflit et de montrer à quel point il est encore difficile d’en parler. « Un événement terrible de notre passé, un crime jamais évoqué, ni compris », explique le réalisateur qui interroge ainsi directement la responsabilité collective et individuelle de ses concitoyens.

Comme Vlada, interprété avec beaucoup de force par l’acteur et réalisateur croate Leon Lucev, beaucoup ont préféré ne pas se poser de questions et continuer à vivre comme si de rien n’était. La fin, moraliste et ambiguë – elle semble nostalgique du « glorieux » passé communiste de son pays – amoindrit cependant la force de ce film courageux et à la réalisation soignée.

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La Croix
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