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Les Témoins de Lendsdorf
Autriche | 2019| 1h34
Réalisation : Amichai Greenberg
Avec : Ori Pfeffer, Hagit Dasberg-Shamul, Emmanuel Cohn
Version originale (VO) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Yoel est un historien juif orthodoxe, chargé de la conservation des lieux de mémoire liés à la Shoah. Depuis des années, il enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lendsdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre Mondiale. Jusqu’ici patientes et monacales, ses recherches s’accélèrent lorsqu’il se voit assigner un ultimatum : faute de preuves tangibles des faits, le site sera bétonné sous quinzaine…

Entretien avec Amichai G reenberg




Les Témoins de Lendsdorf est votre premier long métrage, quelle est l’origine du scénario ?

Le processus d’écriture a duré près de douze ans. Tout a commencé à l’aube de mes 30 ans. J’étais marié et j’avais déjà trois enfants. Je viens d’une famille orthodoxe et j’ai alors commencé à me poser beaucoup de questions sur mon couple et ma vie, sans avoir de point de comparaison pour m’aider à trouver des réponses. Tant et si bien que je me suis demandé si je pouvais me fier à mes propres intuitions. Cela m’a amené à m’interroger sur le rapport à l’identité : Qui suis-je ? Comment se définit-on ? Cela a fini par totalement m’angoisser et j’ai décidé d’écrire sur cette anxiété. D’une certaine façon, je pense que ce scénario m’a façonné plus que je ne l’ai façonné.


Avez-vous tiré votre récit d’événements réels ?

Le contexte historique du film est inspiré du massacre de Rechnitz, en Autriche. Les recherches d’une fosse commune ont débuté juste après la guerre. Il y avait deux témoins : un juif et un non juif. Quand le témoin juif est retourné là-bas, il a été assassiné. Le témoin non juif était celui qui avait amené les armes pour tuer les juifs - lui aussi a été assassiné alors qu’il s’apprêtait à indiquer la localisation de la fosse dans la forêt. Les recherches ont repris dans les années 80 mais se sont à nouveau arrêtées. La plupart des dates et des noms dans le film sont exacts. Les témoignages des Autrichiens montrés dans le film sont ceux de vrais villageois dont j’ai changé le nom. Ces témoignages avaient été recueillis pour le documentaire Totschweigen (A Wall of Silence, 1994) réalisé par Eduard Erne et Margareta Heinrich qui ont gentiment accepté de me laisser utiliser les témoignages de trois personnes. Avec ces extraits, je voulais montrer jusqu’où vont le déni et le refoulement. Ce sont des gens qui peuvent être très émus, très sympathiques et qui pourtant ne disent pas la vérité. C’est un petit village et il est très peu probable que ces gens qui vivent là depuis toujours ne sachent pas où se trouve cette fosse commune. La grande différence est qu’en réalité, la fosse commune n’a pas été retrouvée. L’histoire de Yoel est également une pure fiction. Le film a été projeté en Israël en présence de l’ambassadeur d’Autriche et en décembre 2017, j’ai appris dans un journal autrichien que pour la première fois le gouvernement autrichien avait décidé de chercher la fosse. Je ne sais pas si cette décision a un lien avec le film, mais c’est comme si un cycle qui se terminait.


Quel est l’organisme pour lequel travaille Yoel ?

Dans le film, Yoel travaille pour un organisme qui est un composite de différents centres de recherche. Nous avons demandé au Mémorial de Yad Vashem l’autorisation de tourner, mais sans même avoir lu le scénario, ils nous ont répondu qu'ils ne collaboraient à aucun film de fiction. Je connaissais bien ces centres de recherche, ayant moi-même réalisé des centaines d’heures d’entretiens pour la Shoah Foundation créée par Steven Spielberg en 1994, les archives de l’histoire audiovisuelle des survivants de la Shoah.


Existe-t-il des « documents classifiés » comme ceux montrés dans le film ?

Oui. Il existe toutes sortes de raisons pour lesquelles les gens ne veulent pas que ces documents soient déclassifiés. Par exemple, ils ne veulent pas que leurs proches connaissent la souffrance par laquelle ils sont passés ; ou encore certains avaient toute une famille avant la Shoah et ne savent absolument pas ce que cette famille est devenue et ne veulent pas que leur famille actuelle fasse des recherches ou pose des questions.


D’où vient le personnage de la mère ?

Il m’a été inspiré par le personnage du roman Katerina d’Aharon Appelfeld. Il s’agit d’une femme chrétienne qui était servante dans une maison juive, et qui a assisté, impuissante, à l’horreur de la Shoah.

L’histoire de Yoel résonne-t-elle avec votre propre expérience personnelle ?

Mon père ne pouvait ou ne voulait pas partager avec moi son expérience des camps. J’ai grandi dans un vide émotionnel et existentiel. L’histoire que j’ai choisi de raconter est celle d’un homme piégé par les non-dits. Elle représente le silence de sa mère qui lui cache la vérité et celui des villageois qui renient leur histoire. Lorsque l’on est entouré par le silence, on se demande à qui on peut faire confiance et comment on peut construire sa vie dans un tel environnement. Au lieu de nous tourner vers le passé, celui-ci est encore bien vivant. Par ailleurs, j’étais fasciné par un sujet intime au cœur d’une grande histoire, qui soit le reflet du conflit interne de Yoel. Si vous découvrez soudainement que vous n'êtes pas juif, cette vérité dérangeante fragilise votre monde. Physiquement, vous restez le même, mais votre identité est bouleversée. J'ai donc eu l'idée de fusionner les deux histoires.


Pourquoi Yoel se rase-t-il ?

Il peut y avoir plusieurs interprétations à ce geste. Pour moi, il se rase pour faire face à la vérité : son identité. Quand il se regarde dans le miroir, il ne peut pas vivre en ayant l’apparence d’un homme qu’il n’est plus. D’autant que sa sœur lui a expliqué qu’il ne peut pas demander à se convertir car cela exposerait toute la famille. Il doit donc vivre avec cette vérité et il a besoin de l’assumer physiquement. Et c’est toute l’ironie de la vie car c’est par ce changement, cette métamorphose, qu’il va se rendre compte de quelque chose qui était sous son nez depuis toujours.


L’identité juive a-t-elle encore autant d’importance aujourd’hui ?

L’identité juive est un élément intense et pesant dans la vie de la communauté juive, encore aujourd’hui. Dans Les Témoins de Lendsdorf, je cherche à savoir pourquoi elle est fondamentale pour tous, comment elle nous définit. Je pense en outre que cette question reste extrêmement importante.


Pensez-vous que la Shoah soit un sujet qui touche encore les gens ?

Je suppose que cela dépend à qui vous posez la question... Pour moi, il ne s’agit pas de mémoire intellectuelle, mais plutôt viscérale, ancrée dans notre chair qui vient de ce que nous n’avons pas vécu mais qui nous affectent profondément, d’évènements dont nous n’avons jamais discuté, mais dont nous ressentons le vide qu’ils ont laissé. En fait, la plupart des témoins du film ont oublié, sont dans la confusion ou dans le déni. Et c’est à peu près tout ce qu’il nous reste.


Pourquoi avez-vous opté pour un récit qui se rapproche du thriller, une course contre la montre ?


La quête de vérité de Yoel ressemble à un thriller d’investigation traditionnel. Mon but n’était pas de faire un film historique ou sur l’Histoire ; ce qui m’intéresse beaucoup plus c’est la pertinence, l’impact de l’Histoire sur nos vies au quotidien. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi la forme du thriller – afin de susciter la curiosité du spectateur et également parce que je ne souhaitais pas imposer d’émotions. Je pense qu’il vaut mieux laisser au spectateur la liberté de s’identifier au mystère et de s’impliquer émotionnellement. Mon objectif était de susciter un intérêt auprès du public et que l’histoire soit pertinente et contemporaine. Je voulais proposer une perspective inédite sur l’importance de l’identité et observer ce qui nous reste lorsque nous la perdons. Je souhaitais décrire un personnage à un moment de sa vie où il est au fond de l’abîme.


Pour ce film, avez-vous des influences en particulier ?

J’aime l’intensité, le sens de l’intime des films de Krzysztof Kieslowski. Mais pour Les Témoins de Lendsdorf, Conversation secrète de Francis Ford Coppola a été une source d'inspiration car le personnage principal mène aussi une enquête solitaire. J’ai également pensé à Paris Texas de Win Wenders ; en effet, l’idée de la scène de la salle de témoignages aménagée comme un salon vient de la scène où Travis Henderson va voir sa femme dans un peep-show. L’idée de ces endroits qui reproduisent la réalité et permettent de tirer la vérité des gens par le biais d’un simulacre de réalité, m’intrigue beaucoup.


Comment s’est passée la coproduction avec l’Autriche ?

L’équipe, les acteurs et producteurs étaient extrêmement chaleureux et attentionnés. Bien sûr, le scénario n’était pas facile pour eux. J’ai senti que cela les touchait suffisamment pour participer au film, et cela m’a aussi ému. Par ailleurs, pendant les repérages dans des villages autrichiens isolés, je suis tombé sur des plaques commémoratives en hommage aux soldats nazis de la Seconde Guerre mondiale fraîchement décorées. Cela m’a choqué, car mon père, qui n’avait que 7 ans à l’époque, avait dû fuir à plusieurs kilomètres de là, il y a soixante-douze ans. La vie est complexe, et la réalisation de ce film m’a aidé à exorciser mes douleurs.


Pourquoi avez-vous choisi Ori Pfeffer comme interprète principal ?

Yoel est le personnage central du film. J’avais besoin d’un acteur très charismatique au sein duquel beaucoup d'émotions sont enfouies. Je spéculais donc sur les capacités de mon acteur. Dès que j'ai rencontré Ori, mon choix était fait. J'ai aussi aimé que dans la réalité, il soit très éloigné de cet univers. C'était très stimulant pour moi d'opérer une telle transformation sur lui.


Qu'en est-il des acteurs autrichiens ?

Nous avons travaillé avec une agence en Autriche. L'histoire de l'actrice Michaela Rosen dans le rôle d’une politicienne autrichienne est particulièrement intéressante. Lors de mon séjour en Autriche, il y avait beaucoup d’actrices. Michaela Rosen les a toutes éclipsées, par sa présence dès qu’elle est entrée dans la pièce, mais son rôle n'était pas principal je ne pensais que cela lui conviendrait. Elle m'a alors demandé si je voulais savoir pourquoi elle voulait le jouer. Il y a quatre ans à peine, elle avait découvert qu'elle était juive. Lors de la première à Venise, elle en a parlé à la presse pour la première fois. Il y a eu un événement tragique avec le personnage de M. Burm. Lorsque nous sommes arrivés en Autriche, un assistant nous attendait blême. L'acteur venait d’avoir une crise cardiaque. Nous devions le remplacer. Peu de temps après la première audition, j'ai dit à mon équipe : il faut y voir un signe. Il est beaucoup plus logique de supprimer physiquement le rôle de M. Burn et ne garder que sa voix au téléphone. J'ai donc un peu réécrit le scénario et nous avons pu commencer le tournage.


Quel message voudriez-vous transmettre avec ce film ?

Il y en a beaucoup, mais si je me limite à un message, c’est bien l’importance de nos origines. Vous voyez cela dans le cadre du Brexit, en Catalogne ou aux États-Unis. On est vite proche de la xénophobie. D'un côté, nous voulons le libéralisme, de l'autre, beaucoup moins. Aucun des extrêmes ne fonctionne. L’objectif n'est pas que nous soyons tous pareils, mais que nous puissions vivre ensemble. Cette recherche d’identité, des identités qui vont et qui viennent, qui font partie d’un tout, ou qui sont uniques. Alors, nous voulons tous à la fois être uniques et tout à fait spéciaux mais nous voulons également nous sentir appartenir à un ensemble, parce que sinon la solitude va nous faire mal. Et c’est également de cette douleur-là que l’on parle, donc se pose cette question : comment résoudre le conflit ? Certains vont dire, c’est par la haine de l’étranger, par la xénophobie et d’autres diront, non, nous sommes tous pareils, tout le monde est pareil. Je ne pense pas que ce soit l’un ou l’autre, je crois qu’ici nous avons également un homme dans le film auquel il est très difficile de s’identifier parce que c’est un homme dur. Mais ce qui fait que nous nous identifions quand même, c’est qu’il est plein d’authenticité dans cette recherche. Et je crois que c’est ce que nous devons également essayer de transmettre dans l’éducation. Nous ne devons pas négliger les différences qui existent entre les uns et les autres, nous devons peutêtre même les approfondir. Nous devons essayer de voir ensuite ce qui nous unit également et je pense que c’est en approfondissant sa propre identité que l’on peut arriver à quelque chose d’universel. Cela peut sonner contradictoire mais je ne pense pas que ce soit le cas. Je crois que justement, si l’on arrive à aller dans son identité de façon très profonde et bien là on peut toucher l’universel. La société israélienne fait que nous grandissons avec des idéaux, très forts. Moi-même, je suis né en Israël, j’ai grandi en Israël et là il y a un idéal très fort avec une voie qui est tracée et en laquelle on croit. En diaspora on a appris à vivre avec des paradoxes, avec beaucoup de vérités, et c’est ainsi également que le film se termine. C’est très important pour moi. C’est de cela dont il s’agit. Israël apprend qu’il faut vivre avec plus qu’une unique vérité et c’est le message que je voulais faire passer. Ce n’est pas vraiment une crise lorsque l’on approfondi ses racines, au contraire c’est très positif, et que l’on apprend à voir qu’il y a plusieurs vérités. La réponse de la mère dans le film, c’est une réponse extrêmement juive. Je me sentais très proche d’elle, et c’est pourquoi j’ai terminé le film là-dessus.

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