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Fiche du film Le Pensionnat (Dek Hor)
De Songyos Sugmakanan

La critique de Pierre Murat

Source: telerama.fr
Auteur: Pierre Murat

LE SPECTRE ET L’ENFANT

La nuit, après l’extinction des feux, réunis dans un coin du dortoir, les gamins du pensionnat jouent à se faire peur : ce vieil homme dont on entend le bruit des pas, la nuit, est-il un démon ? Cette prof bizarre qui pleure, chaque soir, en écoutant une vieille rengaine sur un microsillon rayé, est-elle une sorcière ? Chatri, inscrit dans l’établissement en plein milieu d’année – son père veut le punir de ce qu’il ne devait pas voir – ne sait trop s’il doit croire à toutes ces histoires de fantômes. Jusqu’au jour où il s’aperçoit que l’ami solitaire, dont il se sent le plus proche, est un esprit : Wichien s’est noyé, quelques années auparavant, dans la piscine du pensionnat.
Jeune réalisateur thaïlandais, Songyos Sugmakanan (dont Le Pensionnat est le premier « vrai » film, après un essai collectif) a une jolie façon de montrer comment Chatri découvre le secret de son copain. Lors d’une séance de cinéma en plein air, où l’on diffuse une parodie de films de vampires, les gamins réagissent tous à l’identique. Sauf Wichien, puisqu’il est à jamais différent des autres…Le cinéaste utilise magnifiquement ses décors : le dortoir, le réfectoire, la salle d’eau, pièces immenses et rectilignes où les enfants semblent constamment isolés, livrés à eux mêmes, cernés par leurs démons intimes…Car c’est l’effroi devant soi-même que filme le cinéaste : Chatri est à l’âge où l’adulte, en l’occurrence le père, est un adversaire incompréhensible. Il se cherche à toute force un confident, un double rassurant, face à la solitude qui le submerge : « je n’existe pas aux yeux des autres », murmure-t-il.
Dommage que, dans la seconde partie, le film ne tienne pas totalement ses promesses. Même si, entre deux répétitions et trois fausses fins, surgissent jusqu’au bout de belles trouvailles visuelles : notamment la façon dont le malheureux Wichien revit, chaque soir, sa noyade…Brillant – esthétisant, même – Le Pensionnat baigne dans une mélancolie poisseuse, qui s’éclaire dès lors qu’ados et adultes parviennent à faire la paix avec eux-mêmes.



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